Ce nouveau livre, coécrit par Thierry Gadault et Hugues Demeude, est consacré au naufrage du complexe nucléaire et à la faillite de l’État nucléaire. Cette situation catastrophique intervient au moment même où les industriels sont confrontés à la fin de vie des centrales nucléaires. Leur gestion aventureuse et le dogme du tout-nucléaire, rendant impossible la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables, nous ont pris en otage.
L’accident nucléaire grave n’est plus un risque très hypothétique, mais une menace réelle. Comme nous l’a confié un haut responsable du secteur : « Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si un accident grave est possible en France mais quand aura-t-il lieu ? »
Plus de 2 millions de Français résident à moins de 20 km d’un réacteur nucléaire. Mais si l’on prend un périmètre de 75 km, la distance sur laquelle le gros de la contamination radioactive de Fukushima s’est propagée, c’est 66 % de la population française qui est potentiellement concernée, selon Greenpeace.
C'est à une projection dans l'après nucléaire que nous plonge ce livre. Quelle nourriture, venant d'où, est encore consommable ? Que faire des réfugiés nucléaires ? Seul le désastre attendu fera naître la volonté de tout arrêter. Mais l'électricité manquante retardera encore l'arrêt définitif de quelques années. Jusqu'à ce que l'électricité d'origine renouvelable puisse prendre le relais. Ensuite où trouvera-t-on les moyens de déconstruire toutes les centrales et d'en gérer les déchets ?
Après un fort épisode El Niño, suivi d’une
accalmie commencée à l’été 2016, le réchauffement climatique a redémarré sans
explication en ce début de printemps 2017. En mars 2017, le réchauffement
global a atteint 1,25°C (courbe verte), tandis que l’indicateur précurseur, le
réchauffement au sol dans l’hémisphère nord marque 2,47°C (courbe bleue).
Le début 2016 avait été marqué par la fin
d’un puissant phénomène El Niño qui a fortement réchauffé les océans,
principalement de l’hémisphère sud, et l’atmosphère partout ailleurs. Les eaux
plus chaudes de l’océan austral ont dégelé la glace sous-marine de
l’Antarctique libérant des plateformes de glace qui faisaient barrage aux glaciers,
accélérant ainsi leur déroute. Les eaux chaudes des Caraïbes poussées vers le
nord par le Gulf Stream ont contribué à la fonte du Groenland et de l’océan Arctique.
Ce dernier devrait être quasiment libre de glaces l’été prochain.
Malheureusement, le principal facteur de
dégel au nord du cercle polaire demeure le réchauffement au sol en hémisphère nord
caractérisé par les plus fortes émissions de gaz à effet de serre de la
planète. Avec le printemps revient le soleil dans le cercle polaire Arctique. La
baisse du taux d’albédo fait que l’océan Arctique se réchauffe, ce qui va
accélérer la fonte des glaces, et fera baisser encore l’albédo. Cela s’appelle
une boucle de rétroaction amplificatrice. Les pergélisols terrestres et marins vont
continuer à relâcher du CO2 ou du méthane CH4 avec régularité, des GES[1], ce
qui réchauffe la planète et contribue à réchauffer les pergélisols. Encore une
boucle de rétroaction amplificatrice heureusement plus lente. Les climatologues
ont répertorié plus de 60 autres boucles de rétroaction amplificatrice. Le
climat est entré en territoire inconnu[2].
Graphique avec la mise à jour de mars 2017. Ce graphique[3] est
la prolongation de celui que j’avais publié en août 2016, avec la particularité
que cette fois, le réchauffement est par rapport à la période préindustrielle
au lieu de, précédemment par rapport au XXème siècle. Le GIEC a défini la
période préindustrielle comme antérieure à 1750[4]. Dans
l’accord de Paris à la COP21, les 1,5°C ou 2°C de réchauffement global se
rapportent à la période préindustrielle. Ce changement facilite ainsi la
lecture du graphique. Les experts estiment la différence entre les deux
périodes de référence à environ 0,2°C[5].
Les politiciens sont préoccupés par leurs réélections
au lieu du basculement des températures qui nous entraîne vers une nouvelle
normalité beaucoup plus chaude et pour le moment incontrôlable. Des élections
ont eu lieu dans l’UE en 2016 et se poursuivront en 2017. Dans cette période
des élections législatives et/ou présidentielles touchent les pays
suivants : Portugal, Irlande, Slovaquie, Autriche, Royaume-Uni (BREXIT),
Espagne, Estonie, Lituanie, Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Pays-Bas, France,
Allemagne, République Tchèque. La situation reste instable en Italie. 16 pays
sur 28 renouent des liens entre politiciens. Les élections en France et en Allemagne
décideront de l’avenir de l’UE.
Toutes les crises en cours se combinent,
s’amplifient et s’accélèrent : climatique, environnementale, numérique, économique,
financière, sociale, culturelle, de la disparition des ressources et des
espèces. Elles forment un ensemble systémique quasi impossible à contenir sans
un accord beaucoup plus contraignant que celui obtenu à la COP21, faute d’avoir
un pouvoir fort mondial.
En 2016 on comptait seulement 8 personnes qui
possèdent la même richesse que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Leur
pouvoir de contrôle sur les médias conventionnels empêche les journalistes d’exprimer
tous les tenants, aboutissants et conséquences de ces crises, parce qu’on le leur
interdit ou parce qu’ils s’autocensurent. Le fait qu’ainsi une majorité de
journalistes ne parlent pas de ces crises préoccupantes, les minimisent (comme
la tempête Zeus), les évacuent de l’actualité, maintient les peuples dans l’ignorance
de ce qui les attend à moyen ou très court terme en matière de hausses des
températures et de leurs conséquences en événements de plus en plus extrêmes.
Les pouvoirs politiques et médiatiques
étant défaillants, seules des associations citoyennes peuvent s’organiser pour prendre
le relais, tout en se trouvant confrontées à l’hostilité des pouvoirs politiques,
économiques, financiers et médiatiques. Dans l’UE, la majorité des citoyens utilise
déjà les urnes depuis plus d’une décennie pour sanctionner les politiques dont l’autisme
flagrant prépare une situation prérévolutionnaire, sans qu’ils veuillent l’admettre !
À moins qu’un événement climatique plus grave que d’habitude constitue un jour la
goutte d’eau qui fait déborder le vase, libérant la parole qui pourra de
nouveau passer normalement dans les médias.
Après cette prise de parole nouvelle, la
première mission dévolue aux politiques sera l’arrêt complet des émissions de
gaz à effet de serre, puis l’examen des possibilités d’extraction du CO2 de
l’atmosphère, mais pour le mettre où ? Peut-être de le rejeter vers
l’espace ? Les politiques ne pourront pas empêcher les gens de porter
massivement plainte contre l’état pour les préjudices de son imprévoyance.
C’est l’accumulation des événements extrêmes
dans des laps de temps plus courts qui provoquera des disruptions de plus en
plus longues dans l’approvisionnement des produits de nécessité courante pour
notre mode de vie occidental. La préoccupation d’une alimentation quotidienne va
voir se dépeupler les villes au profit de la campagne où les gens peuvent s’investir plus facilement dans la production
maraîchère autonome, puis d’autres produits alimentaires.
Des groupes locaux de producteurs-consommateurs
se formeront autour de l’alimentation, de l’énergie et de la mobilité. Ils assoiront
l’indépendance de leurs échanges vis-à-vis de l’extérieur par l’usage de
monnaies locales. De nombreux groupes locaux se sont déjà formés avec un
imaginaire à la recherche de la résilience qui leur permettent d’affronter les
événements extrêmes à venir. Avec un habitat résistant aux fortes intempéries, des
lieux de production alimentaire protégés des inondations, des lieux de repli et
de migration possibles en cas de submersion de catastrophes successives.
Maintenant que la fenêtre d’opportunités pour
l’action s’est refermée, les conséquences immédiates d’arrêter ou pas les émissions
de GES sont semblables sauf les conséquences à long terme. Cela jusqu’à ce que la
température moyenne se soit stabilisée quelques temps après l’arrêt des
émissions. Cette température moyenne sera beaucoup plus élevée qu’on ne le pense
et il n’est pas sûr que ce soit compatible avec la vie humaine, sauf peut-être
à certains endroits où il faudra migrer. En cas de migration, la sécurisation
des centrales nucléaires jusqu’à leur démantèlement peut difficilement être assuré.
[3]NOAA, National Centers for Environmental Information, State of the
Climate: Global Analysis for 2012-2017, published online and retrieved between
August 22, 2016 and February 21, 2017 from http://www.ncdc.noaa.gov/sotc/global/20yymm (yy=année, mm=mois)
[5] Voir dans le site du GIEC « IPCC - Climate Change 2001:
Synthesis Report ; WG1 Summary ; page 29 »,
le graphique Figure 5 nous montre qu’en 1750 on était à environ 0,2°C en
dessous de la période de référence 1961-1990 qui est sensiblement la même que
celle du xxème siècle. Les experts consultés sont Michael E. Mann Pennsylvania
State University et David Spratt « As 2015 smashes temperature
records, it’s hotter than you think », 4ème
graphique.
Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes
Pablo Servigne et Raphaël Stevens
Par Michel-Pierre Colin.
Les auteurs avaient choisi ce titre pour leur livre, mais l'éditeur a
changé ce « va » en « peut » pour des raisons commerciales.
C'est pourquoi il faut rétablir la certitude qui existe dans l'esprit de Pablo
Servigne et de son coauteur, de l'effondrement très proche (la génération
présente) du monde tel que nous le connaissons y compris celle du genre humain
sur la planète Terre.
Dans les conversations on entend de plus en plus souvent des expressions
comme : « on va droit dans le mur », « les animaux sont en
pleine extinction des espèces », ou « pourquoi font-ils encore des gosses par les temps qui courent ». Les médias parlent de catastrophe pour les
avions qui s'écrasent, les trains qui déraillent, mais ne parlent pas des
catastrophes qui durent, celles qui ne suivent pas le rythme de l'actualité,
comme les crises environnementales, économiques, énergétiques, climatiques, qui
ont passé des points de non-retour. Toutes ces crises sont interconnectées et
se nourrissent les unes des autres.
Ce livre nous apporte un immense faisceau de preuves, avec plus de 400
références, qui suggèrent que nous faisons face à des instabilités systémiques
de plus en plus grandes. Elles menacent certains peuples, voire les humains
dans leur ensemble, à se maintenir dans un habitat viable. Il s'agit d'un
effondrement pour lequel les auteurs reprennent la définition d'Yves Cochet : « l'effondrement
est le processus à l'issue duquel les besoins de base (eau, alimentation,
logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis [à un coût
raisonnable] à une majorité de la population par des services encadrés par la
loi ».
Les auteurs utilisent la métaphore de la voiture pour nous expliquer les
notions de limites infranchissables et de frontières transgressibles. La
disponibilité du carburant est une limite infranchissable dont j'ai déjà parlé
dans « Les
limites à l'extraction du pétrole et autres minerais ».
En définitive, nous payons nos énergies en créant de la dette qui est
reprise par nos banques centrales (en Europe au rythme de 80 milliards d'euros
par mois). Maintenant que le coût de ces ressources devient trop élevé, le
système basé sur la dette ne fonctionne quasiment plus. Le plus urgent pour
l'avenir est de savoir combien de temps notre système économico-énergétique
peut encore tenir. Nous vivons les derniers toussotements du moteur de notre
voiture qui représente notre civilisation industrielle avant son extinction.
Les frontières franchissables pour notre voiture sont des sorties de
route qui nous amènent sur des seuils de basculement au-delà desquels il n'est
plus possible de revenir en arrière comme le réchauffement
climatique qui provoque des événements extrêmes comme tempêtes,
ouragans, inondations, sécheresse, pénuries d'eau, vagues de chaleur plus
longues et plus intenses. On constate déjà des contrecoups comme la fonte des
glaces aux pôles et des glaciers, la modification de la circulation des
courants océaniques, des pénuries d'eau, la propagation de maladies
contagieuses, la prolifération de ravageurs et de nuisibles, l'extinction de
nombreuses espèces vivantes, la destruction des écosystèmes, la diminution des
rendements agricoles, des pertes économiques, des troubles sociaux et de
l'instabilité politique.
« Le dernier rapport du GIEC indique la possibilité de rupture des
systèmes alimentaires qui augmentera les risques de guerres civiles et de
violences intergroupes. Mais le problème de ce rapport est qu'il ne prend pas
en compte les effets amplificateurs des nombreuses boucles de rétroactions
climatiques, comme la libération de grandes quantités de méthane dues au dégel
du pergélisol. Or, ces boucles sont susceptibles de se déclencher à partir de
+3°C ou +4°C. Au-delà, il est très difficile de décrire précisément ce qui
pourrait advenir. Néanmoins, les scénarios des experts sont en général unanimes
et virent très rapidement à la catastrophe » (page 73).
« Pour que les paléontologues parlent de « sixième extinction
de masse » il faudra arriver à ce que plus de 75% des espèces de la
planète disparaissent. (N.B. 58% a été annoncé). Pourtant la société ne
reconnaît pas encore le déclin de la biodiversité comme un facteur majeur de
changement global, au même titre que d'autres crises qui mobilise la communauté
internationale, comme le réchauffement climatique, la pollution, le trou dans
la couche d'ozone ou l'acidification des océans » (page 81).
D'autres frontières planétaires ont été transgressées : le changement
climatique, la biodiversité, le changement d'affectation des sols (déclin des
forêts), les grands cycles biogéochimiques de l'azote et du phosphore. Ces
quatre domaines sont des frontières qui ont été perturbées de manière
irréversible.
L'effondrement est maintenant plus proche. Il n'est donc plus question
d'arrêter net l'usage des énergies fossiles car cela mènerait à un effondrement
économique, social et politique, et peut-être à la fin de la civilisation
thermo-industrielle. Mais, maintenir en route le moteur de notre voiture mène à
transgresser plus de frontières, donc à d'autres points de basculement
climatiques, écologiques, doublé d'un effondrement du genre humain.
Nous sommes prévenus :
« Aujourd'hui nous sommes sûrs de quatre choses :
1. La croissance physique de nos sociétés va s'arrêter dans un futur
proche ;
2. Nous avons altéré l'ensemble du système Terre de façon irréversible ;
3. Nous allons vers un avenir très instable, « non linéaire »
(exponentiel) dont les grandes perturbations seront la norme ;
4. Nous pouvons désormais être soumis potentiellement à des effondrements
systémiques mondiaux » (pages 129-130).
Y-a-t-il des signaux précurseurs d'un effondrement ? Pas vraiment. Les
tentatives de développer des signaux avant-coureurs ont échoué ou ne font pas
consensus pour le moment entre chercheurs. Il est conseillé d'adopter une
attitude de « catastrophisme éclairé » : agir comme si ces
changements abrupts étaient certains, et tout faire pour qu'ils ne se réalisent
pas.
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Parmi les modèles mathématiques, un seul modèle qui a plus de 45 ans est
assez robuste, le modèle de Donella et Dennis Meadows. Au MIT le modèle
informatique systémique World3 décrit les interactions entre les paramètres du
monde, dont les plus importants sont : la population, la production
industrielle, la production de services, la nourriture, le niveau de pollution
et les ressources non renouvelables. Le but est de simuler le système monde sur
la base des données réelles de 1972. Le premier résultat dans un scénario « business
as usual » met en évidence un monde extrêmement instable qui prévoit un
effondrement au XXIe siècle. La production agricole s'effondre entre 2015 et
2025, puis la population diminue. Les chercheurs ont modélisé des scénarios
alternatifs menant à des effondrements et se sont aperçus qu'ils pouvaient
stabiliser un monde soutenable en modifiant simultanément plusieurs paramètres
à partir de 1980. Ces paramètres sont :
- Stabiliser la population mondiale ;
- Stabiliser (limiter) la production industrielle ;
- Diminuer les niveaux de pollution et d'érosion des sols.
Ce scénario d'équilibre devait permettre à moins de 8 milliards
d'habitants de vivre à un niveau de vie proche de ce que nous connaissons. Ceci
a été publié pour la 3ème fois en 2004. Les mises à jour du modèle en 1992 et
2002 ont confirmé les résultats initiaux et ont montré que rien n'a été fait
pour éviter le scénario « business as usual », c'est à dire le pire
scénario. Le modèle a résisté à 40 ans de violentes critiques et a corroboré 40
ans de faits.
L'effondrement de la civilisation industrielle est un predicament, mot anglais qui désigne une
situation inextricable, irréversible et complexe pour laquelle il n'y a pas de
solution. Mais il y a cependant des choses à faire sur le plan local pour créer
les conditions résilientes de vie ultérieure. Selon l'ingénieur russo-américain
Dmitry Orlov qui a étudié l'effondrement soviétique, on peut décomposer
l'effondrement en cinq stades, dans un ordre de gravité croissant, constituant
l'échelle d'Orlov : financier, économique, politique, social, culturel et
écologique[i]
Plus sérieusement, le modèle d'effondrement systémique basé sur l'étude
des dynamiques des systèmes complexes et des réseaux (pages 193-194) décrit
notre civilisation comme un système hautement complexe avec (1) dépassement de
points de basculement invisibles, (2) des relations de causalité non-linéaires,
(3) des boucles de rétroaction amplificatrices nombreuses. Ce modèle prédit des
dépassements de seuil inaperçus avec effets ultérieurs non-linéaires et
brutaux. Dans des situations d'urgence notre capacité adaptative (résilience
des institutions et des hommes) est réduite et nous rend moins aptes à
organiser des « relances ».
Dans cet ordre d'idées, le problème majeur est le risque nucléaire.
Devant le désintérêt de la génération présente à acquérir ce savoir, devant les
jeunes diplômés qui quittent la filière, et devant le départ en retraite de la
moitié du personnel travaillant dans les centrales nucléaires, comment va-t-on « gérer »
le risque nucléaire dans des situations d'urgence ? Ces importantes pertes de
compétences sont déjà de nature à déclencher un effondrement. Il faut toujours
garder à l'esprit que l'arrêt définitif d'un réacteur demande un an de
refroidissement et au moins une décennie pour son démantèlement avec toute
l'électricité et le carburant nécessaire pour ce faire. De plus, qui pourra
garantir le maintien en poste de centaines de techniciens et d'ingénieurs
chargés de ces opérations ? Outre les causes d'accident déjà relevées à
Tchernobyl et Fukushima, le réchauffement climatique ajoute de nouvelles
instabilités comme les inondations tempétueuses et le manque d'eau de
refroidissement et des effets indirects liés aux migrations comme le terrorisme
et les conflits armés.
Dans l'étude de l'être humain face à l'effondrement, on ne peut écarter
l'examen de la démographie. Aborder le sujet en public est absolument tabou,
car cela amène toujours à la même question : « Vous voulez faire comme en
Chine, c'est ça ? ». Le chiffre de 9 milliards en 2050 est une prévision
mathématique sortie d'un modèle théorique qui peut s'énoncer : la population devrait arriver à 9 milliards en 2050 toutes choses étant égales par ailleurs.
Pour l'équipe Meadows au MIT, la démographie du système-Terre, marqué
par l'instabilité de notre civilisation industrielle, mène à un déclin
irréversible et incontrôlé à partir de 2030. L'être humain est partagé entre
les imaginaires cornucopien – l'avenir est un progrès continu et illimité grâce
à la technologie et à l'inventivité – et malthusien – l'avenir arrive à un
moment où des limites ne permettent plus de continuer une croissance
démographique continue – ce qui l'amène à alterner ces imaginaires au cours des
cycles millénaires de civilisations : naissance, croissance, stagnation,
déclin, puis renaissance ou extinction.
Selon Harald Welzer, la sociologie de l'effondrement montre comment une
société peut lentement et imperceptiblement repousser les limites du tolérable au
point de remettre en cause ses valeurs pacifiques et humanistes et sombrer dans
l'inacceptable. C'est le cas des politiques de plus en plus agressives envers
les migrants déjà touchés par les catastrophes. Les grandes catastrophes
peuvent ainsi induire une colère généralisée des populations envers les
gouvernements et les institutions dans les prochaines années. Après une
catastrophe qui suspend les activités normales et cause des dommages sérieux à
une communauté, la plupart des gens montrent des comportements
extraordinairement altruistes, calmes et posés. Certains prennent même des
risques insensés pour aider les personnes autour d'eux. L'image d'un être
humain égoïste et paniqué n'est absolument pas corroboré par les faits. Nous
entrons bientôt dans l'ère de l'entraide. Par contre, en cas d'effondrement
énergétique les individualistes seront les premiers à mourir. En cas
d'effondrement à répétition (p.ex. effondrement boursier puis énergétique)
certains seront obsédés par revenir à l'ordre antérieur, d'autres se
concentreront sur la pérennité des institutions, et d'autres en profiteront
pour changer l'ordre social.
Cette transition vers une autre société nous oblige à travailler notre imaginaire,
donc de nous faire des récits pour inverser ces spirales de violence et de
pessimisme. Des récits qui rejettent toute dissonance cognitive et tout déni.
Soyons les transitionneurs qui inventent leur propre avenir. Car les
initiatives de transition libèrent les gens de ces sentiments d'impuissance
tellement toxique et répandue dans la population. L'urgence est de reconstruire
un tissu social local solide et vivant, doté d'un climat de confiance,
c'est-à-dire un véritable « capital social » qui puisse servir en cas
de catastrophe.
Pourquoi « les gens n'y croient pas », c'est-à-dire la
psychologie de l'effondrement tient à cette tendance des gens, lorsqu'on leur
dit la vérité, à devenir pessimistes, résignés ou à juste rejeter le message.
Selon Clive Hamilton dans « Requiem pour l'espèce humaine », (et
aussi Paul Jorion dans « Le dernier qui s'en va éteint la lumière »)
nous ne sommes pas équipés pour percevoir les dangers que représentent les
menaces systémiques, ni les menaces à long terme. Nos cerveaux sont trop
habitués à effectuer des problèmes immédiats et ont développé des sensibilités
aux dangers concrets et visibles. C'est le problème de la grenouille et de
l'eau bouillante. Dans le cas du déni, les gens ne trouvent pas crédible les
données scientifiques ni les constats alarmants des médias, car l'obstacle
c'est l'impossibilité de croire que le pire va arriver. Les données étant de
plus en plus précises au fil du temps, les négationnistes continuent à changer
les raisons de ne pas changer leur comportement.
Parmi les personnes qui semblent convaincues, on distingue cinq
catégories de réactions : Les çavapétistes (« ça va péter ») montrent
un imaginaire de la catastrophe très sombre, nihiliste même, montrant une
colère envers la société. Cette attitude est toxique en temps de catastrophe
pour l'organisation politique et sociale. Très fréquents, les aquoibonistes (« à
quoi bon ? ») sont ceux qui disent « foutu pour foutu, profitons de
ce qui nous reste ! ». Avec deux tendances, l'épicurien style Rabelais qui
savoure les plaisirs de la vie, et « l'enfoiré » qui veux tout
consommer ou saccager avant de partir. De plus en plus nombreux, les survivalistes
ou preppers (« à chacun sa merde ») se barricadent, s'enferment, se
bunkérisent, stockent le nécessaire, s'informent sur la purification de l'eau,
les plantes sauvages. Leur imaginaire c'est Mad Max et la croyance que l'être
humain est profondément mauvais. Les transitionneurs (« on est tous dans
le même bateau ») souvent non-violents, collectivistes, appellent à une
transition à grande échelle, car la vie n'a plus de sens si tout s'effondre.
Pratiquant l'ouverture et l'inclusion, ils sont convaincus que l'avenir est
dans les éco villages, l'entraide et l'imaginaire de transition. Ils pensent « ensemble
on va plus loin ». Les collapsologues ont une passion pour le sujet.
Étudier, partager, écrire, communiquer, comprendre, devient une activité
chronophage pour ces « geeks du collapse » dont les plus célèbres
sont nommés « collapsniks » qui sont souvent des ingénieurs et des
hommes. Ce clivage homme femme se révèle quand les hommes débattent de
chiffres, de faits et de techniques, tandis que les femmes abordent les aspects
émotionnels et spirituels.
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Comment vivre avec, et vivre en bonne santé, consiste à voir dans la
nécessaire transition psychologique un processus de deuil qui traverse cinq
étapes selon le modèle de Élisabeth Kübler-Ross, psychologue américaine
spécialiste du deuil : le déni, la colère, la peur (marchandage), la dépression
et l'acceptation. On a constaté que les moments de témoignages et de partage
d'émotions avec d'autres, permettent aux personnes présentes de prendre
conscience qu'elles ne sont pas seules à affronter cet avenir et à ressentir
ces émotions, à exprimer leur colère envers les hommes politiques, les
dirigeants des multinationales et les climato-négationnistes, tous responsables
du retard impossible à rattraper.
On ne peut pas attendre que chacun fasse son deuil avant de commencer à
agir. Dans la politique de l'effondrement l'action fait partie de la « transition
intérieure » qui permet dès la prise de conscience de sortir de l'état
d'impuissance et maintient l'optimisme. Il n'est jamais trop tard pour
construire des petits systèmes résilients à l'échelle locale, afin de mieux
encaisser les chocs économiques, sociaux et écologiques à venir. Parmi les
systèmes anticipatifs résilients, on compte les coopératives citoyennes de
production d'énergies renouvelables, les groupements alimentaires locaux ou de
nouveaux modèles économiques et monétaires locaux et coopératifs. Tout en
permettant la coexistence de deux systèmes, l'un mourant l'autre naissant.
Cette politique paradoxale à la fois catastrophiste et optimiste, pose le problème
qu'il faille accepter publiquement et officiellement la mort du vieux monde,
les populations réagissant par des troubles qui précipiteront ce qu'on voulait
anticiper.
Les transitionneurs n'attendent pas les gouvernements, ils inventent la
façon de vivre l'effondrement de manière non-tragique. Une fois « branchés »
sur des petits systèmes autonomes, résilients et low tech, les transitionneurs peuvent alors « se débrancher »
de l'ancien système qui risquait de les emporter dans sa chute. C'est passer de
l'indépendance à l'interdépendance : une mosaïque de petites démocraties
locales est-elle un projet démocratique ?
En fait, il n'y a même pas de solution à chercher à notre situation
inextricable (predicament) , il y a
juste des chemins à emprunter pour s'adapter à notre nouvelle réalité. L'utopie
a changé de camp : l'utopiste est celui qui croit que tout peut continuer
comme avant, le réaliste met toute son énergie dans la construction de
résilience locale, qu'elle soit territoriale ou humaine.
La collapsologie est l'exercice transdisciplinaire de l'étude de
l'effondrement de notre civilisation industrielle, et de ce qui pourrait lui succéder,
en s'appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition,
et sur des travaux scientifiques reconnus.
Les auteurs pensaient au début 2015 que la fenêtre d'opportunité pour
éviter un effondrement global étaient déjà en train de se refermer.
« Pendant sa tournée européenne 2011-2012, Dennis Meadows, plus pessimiste
que jamais, répétait dans les interviews et dans un article écrit pour
l'institut Momentum :
il est trop tard pour le développement durable, il faut se préparer aux
chocs et construire dans l'urgence des petits systèmes résilients » (page
173).
L'effondrement n'est pas la fin mais le début de notre avenir !
[i]L'effondrement
soviétique s'est arrêté au stade politique. L'effondrement social se retrouve
dans des conflits internes : guerre civile et « chacun pour soi »
avec un processus de dépeuplement qui se met en place. L'effondrement culturel
se produit lorsque la foi en l'humanité est perdue. Le stade d'effondrement
écologique est atteint quand la possibilité de redémarrer une société ne semble
plus possible à cause d'un environnement épuisé.
L'accident nucléaire de Fukushima a mis en lumière des défauts de conception, puis en question la sureté nucléaire nippone, et dès lors la sureté des centrales nucléaires près de chacun de nous fut aussi questionnée.
Des « Stress Tests » sur les centrales européennes en 2011 se sont donc étendus à des éventualités d'origine extérieures et improbables, comme des accidents naturels ou non, un accident d'avion, une explosion proche, des intempéries extrêmes (tempêtes, feux de forêt, pluies diluviennes), un séisme, une inondation, un tsunami, des cyber attaques, et le terrorisme. Les mesures recommandées à mettre en œuvre immédiatement comprennent entre autres des générateurs électriques de secours internes à chaque centrale (ce qui faisait défaut à Fukushima), le rehaussement des digues contre les inondations et les tsunamis et de nouveaux bâtiments de contrôle « bunkérisés ». Mais en fait, tous les résultats de ces tests n'ont débouché en France, sur l'arrêt immédiat d'aucun réacteur…
En Europe, la stratégie nucléaire est malheureusement une affaire nationale
Mais alors, que nous ont donc appris les accidents de Tree Mile Island, Tchernobyl et Fukushima ? Et bien, qu'il existera toujours des risques « résiduels » non couverts par toutes les mesures de sécurité nucléaire aussi renforcées soient-elles ! Tchernobyl nous rappelle que les risques « résiduels », ou pas, sont par nature transfrontières. Ainsi, le Luxembourg voit sa souveraineté bafouée par les risques « résiduels » de la centrale française de Cattenom potentiellement capable de désertifier sur 30-40 km, comme à Fukushima, sa capitale, ses principales villes, d'anéantir son économie et son état, de disperser la majorité de sa population à l'étranger !
Faire accepter ces risques « résiduels » par les populations qui les encourent est la charge qui incombe aux agences nationales de sécurité nucléaire. Tout en essayant de nous convaincre que les risques « résiduels » sont acceptables, les agences nationales ne nous garantissent d'aucun dédommagement en cas d'accident. Pas plus que les États qui ont autorisé ces centrales près de chez nous.
Au moment où l'Union Européenne développe le marché unique du gaz et de l'électricité, il n'y a encore aucune stratégie européenne sur les programmes de production d'électricité d'origine nucléaire ! Les États membres de l'UE ont voulu conserver cette prérogative de décider du nucléaire au niveau national. C'est donc à eux de prendre position sur ces risques nucléaires « résiduels » et de dire, sous le regard de l'opinion publique, s'ils veulent poursuivre le développement des programmes nucléaires ou au contraire s'ils veulent « sortir du nucléaire » plus ou moins rapidement. Cette question revient maintenant dans toutes les campagnes électorales, comme par exemple en France pour les présidentielles du printemps 2012.
L'amorce d'une sortie du nucléaire en Europe
L'intérêt des populations européennes est que se crée enfin une stratégie européenne d'approvisionnement énergétique, couvrant toutes les sources d'énergie, d'origine renouvelable et non renouvelable, y compris le nucléaire basé sur de l'uranium non renouvelable.
L'Allemagne qui dispose d'une avance certaine dans le développement de ses sources d'énergie d'origine renouvelables – éolien et photovoltaïque – a décidé d'arrêter toutes ses centrales nucléaires progressivement jusqu'à 2022. Le Luxembourg et l'Italie qui n'ont pas de centrales ont aussi décidé de rester en dehors du nucléaire. La Belgique a voté un plan de sortie du nucléaire en 2003, et son gouvernement en décembre 2011 a confirmé cette volonté. Enfin le gouvernement Suisse prévoit la fermeture du dernier réacteur pour 2034.
Le Royaume Uni et la France sont les deux principaux défenseurs de la production d'électricité d'origine nucléaire. Mais leurs peuples ne sont pas d'accord. Au Royaume Uni, un sondage montre que 70 % des britanniques sont en faveur des énergies renouvelables, de l'efficacité énergétique dans les foyers, les commerces et l'industrie. Seulement 10 % sont en faveur d'investissements dans l'électricité nucléaire. En France, un sondage de l'IFOP indique que 70 % des français seraient en faveur de la « sortie du nucléaire » parmi lesquels 51 % pour une sortie en 25 à 30 ans, et 19 % pour une sortie rapide.
Les énergies renouvelables deviennent moins chères que le nucléaire
La tendance du prix du kWh solaire photovoltaïque (PV) est à la baisse depuis des décades. Tandis que le prix du kWh nucléaire est depuis longtemps à la hausse avec les prix des constructions et les évolutions technologiques des centrales. Il est encore plus fortement à la hausse depuis Fukushima à cause des conditions imposées par le renforcement de la sécurité nucléaire et la prise en compte des prix du démantèlement des vieilles centrales et du traitement des déchets.
Depuis 2010, ces prix se sont croisés et le kWh solaire PV est devenu moins cher que le kWh nucléaire ! Ceci s'est révélé en premier aux Etats-Unis où la concurrence est très forte entre les sociétés de production d'électricité et où les tarifs à la clientèle sont très concurrentiels. Ceci a été démontré dans l'étude1 du Professeur John O. Blackburn de l'Université Duke en Caroline du Nord.
Les citoyens demandent la transparence des prix de production du kWh pour chaque source d'énergie ! Pour les Européens, la comparaison des prix de production du kWh pour chaque source d'énergie est complètement opaque. Les seuls tarifs connus des gens sont ceux de divers mix-énergétiques. C'est pire en France où le solaire PV a été complètement étouffé économiquement depuis 2008.
Des tarifs de l'électricité à la baisse à moyen terme
Les gens doivent savoir qu'à l'avenir, les prix de revient des productions de l'électricité solaire PV et nucléaire seront nécessairement légèrement plus élevés que les prix actuels. Surtout à cause des prix qui reflètent une industrie nucléaire subventionnée depuis des décennies avec des coûts qui ne sont pas encore totalement clairs sur les déchets.
Mais, cette étude nous apprend que les factures augmenteront beaucoup moins vite avec le solaire PV qu'avec des nouvelles centrales nucléaires à la sécurité renforcée. À moyen terme, les sources d'origine renouvelable continueront à produire de l'électricité avec un tarif orienté à la baisse. Ce qui dénotera une transition énergétique largement engagée.
En toile de fond se prépare un tsunami de changements qui vont balayer l'industrie de la production d'électricité à cause de cette transition énergétique qui est engagée vers les sources d'électricité renouvelables et vers un usage plus efficace de l'électricité. L'emploi de nouvelles méthodes s'accélère pour obtenir plus d'économies d'énergie dans la construction et la rénovation des bâtiments, dans les appareils électroménagers et dans l'éclairage. Ceci signifie que la demande d'électricité diminue sans discontinuer, mesurée en kWh annuels dans le secteur résidentiel, dans le commerce, les services et dans les bâtiments publics. L'électrification des transports ouvre de nouveaux marchés pour l'électricité qui est beaucoup plus efficace que les carburants fossiles, rend la mobilité de moins en moins chère avec la baisse des coûts du solaire PV.
Subsides d'Etat : plus pour le nucléaire que pour les renouvelables
Actuellement l'industrie nucléaire fait pression et obtient toujours autant de subsides pour la recherche et le développement2 (R&D). Et il en est ainsi depuis plus de 40 ans ! Car enfin, si cette industrie n'est pas encore à maturité maintenant, les contribuables devraient se demander si elle le sera jamais sans les subsides publics. Ainsi rien ne permet de croire que les coûts de production du nucléaire puissent jamais diminuer.
Ce déséquilibre depuis 25 ans à l’avantage du nucléaire est maintenu par l’Union européenne qui
a cependant fortement augmenté ses budgets R&D vers les renouvelables et l’efficacité
énergétique. On voit dans le graphique sur l’évolution du budget R&D qu’en
même temps que les secteurs renouvelables et efficacité énergétique disposent
de nouvelles ressources, le secteur nucléaire maintient ses budgets R&D de
manière prépondérante.
Le budget R&D destiné
au nucléaire est toujours orienté vers de nouvelles technologies, alors qu’il
faut d’urgence l’orienter vers le démantèlement des centrales, le stockage
définitif des déchets, et peut-être marginalement vers la recherche pure
(l’après ITER(3)).
Le budget R&D en progression sur les
combustibles fossiles (en voie d’extinction totale au cours de ce siècle) s’explique
par les recherches sur le gaz de schiste, sujet très controversé et méritant
une grande prudence, qui selon ses opposants est susceptible, avec l’habitat
dense européen, de chasser les populations qui seraient alimentées en eau par
des nappes phréatiques polluées.
La recherche sur le stockage de l'hydrogène et les piles à combustible est nécessaire pour assurer la transition future des transports électriques vers les transports par pile à hydrogène4. La technologie existe, mais les conditions de production et de stockage dans des stations distributrices d'hydrogène en milieu urbain nécessite de développer plus de sécurité dans ces installations.
(2) Source « Agence Internationale à l'Énergie », Estimated R&D budgets by World Region, Europe, sur 25 ans 1986-2010 (www.iea.org)
(3) ITER, International Tokamak Experimental Reactor, programme de recherche sur la fusion nucléaire dont le budget avoisine les 10 milliards d'euros. Au cœur d'ITER la fusion nucléaire se fait à 150 millions de °C, soit 10 fois la température existante au cœur du soleil.
Dernières modifications à l'article : 27 Octobre 2013.
En réponse au commentaire de BOILEAU Pierre :
Tout d'abord, je veux qu'il soit clair que je ne suis pas
membre d'un parti écolo, mais seulement du parti des ingénieurs, et que
j'essaie de regarder les effets des centrales nucléaires et des panneaux
solaires de manière la plus neutre possible. N'étant pas Français, je ne me
prononcerai pas sur la question éminemment politique de l'indépendance
énergétique de la France voulue lors des chocs pétroliers des années 1970. Je
constate que d'autres grands pays, comme par exemple l’Italie, n’ont pas jugé
politiquement souhaitable de s’engager dans la voie du nucléaire.
La durée de vie des modules PV fabriqués en Europe à partir
de 2012 a été améliorée de 25 à 30 ans (source : Solarworld SunmoduleProtect) et non 10 ans seulement comme vous le prétendez erronément.
Le rendement de ces modules PV est de 0,18 à 0,19 kWc/m2 (kilowatt-crête
par mètre carré). De toute façon, ce n’est pas pertinent de juger le rendement
des modules PV quand on sait que l’énergie solaire est surabondante. J’ai
démontré que la totalité des énergies consommées en France (transports,
chauffage, usage par l’industrie, etc.) peuvent être produites par des modules
PV classiques couvrant une surface de 2,7% du territoire métropolitain, et
beaucoup d’autres sources d’énergies renouvelables sont possibles !
L’énergie primaire nécessaire pour fabriquer un module PV sera
ensuite produite par le module en 0,97 année en moyenne. La production de gaz à
effet de serre (GES) pendant la fabrication des modules PV était de 800 Kg de CO2eq
par kilowatt-crête en 2011, de sorte que leur impact environnemental présente
une balance largement positive sur la durée de vie d’un module PV. Les
émissions de GES évitées sont supérieures aux émissions générées pendant le
cycle de vie de 30 ans d’un module PV de 90% par comparaison aux centrales au
gaz et de 96,8% pour les centrales au charbon.
Des chiffres précis ont été présentés au PCF World Forum à
Berlin en avril 2012. (voir la vidéo en anglais)
Actuellement la société Deutsche Solar GmbH travaille sur le
recyclage, la transformation, le raffinage et la récupération de matériaux en
silicium d’origines diverses. Cela concerne généralement les produits des
industries solaires et des semi-conducteurs. Des machines modernes de
classification et de broyage sont disponibles avec un contrôle qualité.
Je n’ai pas connaissance que l’impact environnemental et le
coût d’une centrale nucléaire n’ait été chiffré en termes d’émissions de CO2eq
lors de sa construction, ni en termes d’entretien annuel, ni en terme de démantèlement
en fin de cycle de vie, pas plus qu’en termes annuels pour la période de
gestion des déchets (estimations encore peu crédibles). Surtout si on sait que
certains éléments radioactifs à vie longue nécessitent une gestion pendant des
milliers d’années, voire plus.
Le drame de Fukushima (de Tchernobyl et de
Three-Mile-Island) a (ont) amplement démontré que l’impact environnemental des
centrales nucléaires n’était pas chiffrable lorsqu’on en perd le contrôle. Aucune
compagnie d’assurance ne peut assurer ce risque. Des pays comme le mien (le Luxembourg)
peuvent être rayés de la carte si la centrale française voisine (Cattenom) avait
un accident nucléaire équivalent à ce qui est arrivé jusqu’ici dans le monde à
trois reprises.
Enfin, ce que vous appelez le stockage STEP, que nous
appelons stockage d’eau dans des lacs par pompage et turbinage, a été mis en œuvre
depuis longtemps dans notre petit pays, à la mesure de notre consommation
électrique. (voir la liste mondiales des centrales de pompage turbinage sur
Wikipedia)
Ces questions n’ont rien à voir avec « l’indépendance
énergétique » ni avec les rejets de GES pendant la production d’électricité
nucléaire, mais simplement avec le bon sens et surtout avec la pérennité de la
vie humaine sur la planète.
Il s’agit en fait de la reprise du plan de sortie du nucléaire allemand décidé en 1998, mais accéléré. Selon Patrick Graichen directeur à la protection du climat du ministère allemand de l’environnement, 80% de la production d’électricité proviendra des énergies renouvelables en 2050 (plus de 50% en 2030, 35% en 2020, 18% aujourdhui).
Sur les 17 centrales atomiques allemandes (cliquer la carte: Wikipedia), les huit centrales déjà coupées suite à l’accident de Fukushima ne seront pas remises en service. Les autres seront coupées graduellement du réseau d’ici 2022. Une date d’arrêt est fixée pour chaque Centrale nucléaire. Selon la chancelière fédérale allemande Angela Merkel : « Les citoyens veulent voir la fermeture totale et complète des centrales nucléaires en Allemagne. Notre système énergétique doit être profondément changé. Il doit être plus sûr, fiable et économiquement viable ».
L’Allemagne investira massivement dans le transport d’électricité entre le nord du pays où se trouvent les éoliennes off shore et les industries dans le sud. Les réseaux électriques Smart Grid seront installés. La rénovation thermique des bâtiments induira des économies d’énergie électrique qui seront réutilisées dans d’autres secteurs. A partir de 2020, la construction de bâtiments chauffés avec des énergies fossiles sera interdite en Allemagne. Ceci fera l’objet d’une loi.
Pour la rénovation thermique des logements existants, il est prévu des prêts assistés à hauteur d’environ 1,5 milliard d’euros, pour les propriétaires qui veulent rénover leur logement. En matière d’efficacité énergétique, les objectifs sont de réduire de 10% la consommation d’électricité d’ici 2020 et de 25% d’ici 2050. La consommation énergétique globale devra baisser de 50% d’ici 2050 en partie par la mise en oeuvre dès que possible de la directive européenne sur « l’éco-conception des produits consommateurs d’énergie ». Sont concernés par les baisses des tarifs électriques le photovoltaïque et la biomasse.
Pour Patrick Graichen, du ministère allemand de l’environnement : « Ce plan constitue un investissement à court terme et un gain à long terme. C’est avant tout l’amélioration de l’efficacité énergétique qui engendrera la baisse de nos factures d’importations énergétiques. Tout ce système nous rapportera de l’argent. Pendant les 40 ans à venir il reste à organiser cette transition énergétique par des mesures politiques. »
Alors, pourquoi continuer à se faire peur avec le nucléaire et à changer le climat avec les énergies fossiles.
Souvent les gens croient qu’il faudrait beaucoup trop de Km2 de panneaux photovoltaïques (PV) pour se passer des centrales à charbon, au fuel, au gaz et surtout pour « sortir du nucléaire ». Les premières relâchent du CO2 qui réchauffe le climat, et le nucléaire nous laisse ses stocks de déchets à gérer pour des millions d’années, sans compter les risques en cas d’incident grave.
Alors, voici quelques petits calculs permettant de démontrer que l’énergie solaire récupérable sous forme d’électricité avec la technique photovoltaïque (PV) existante est une énergie vraiment surabondante !
Tout d’abord voyons quelle quantité d’électricité serait théoriquement disponible si on pouvait couvrir totalement le territoire de la France métropolitaine de panneaux PV. Ensuite, voyons les statistiques de l’INSEE pour comparer la consommation finale énergétique(1) de la France à l’énergie solaire ainsi théoriquement récupérable.
La surface de la France métropolitaine(2) est de 551.000 Km2 ce qui est à convertir en m2 : D’abord, 551.000 Km2 = 551 • 103 Km2, puis,
Comme 1 Km2 = 1.000.000 m2 = 106 m2 (le Km2 est un carré de 1.000 mètres de côté !), la surface de la France métropolitaine est de : 551 • 103 • 106 m2 = 551 • 109 m2.
Pour le calcul de l’énergie récupérable par exemple sur des panneaux PV en silicium cristallin, montés sur des supports assurant une ventilation d’au moins 15 cm, Transénergie(3) mets à notre disposition un simulateur « SunSim »(4) de production électrique qui nous apprend que 10 m2 de panneaux PV orientés plein sud sur un toit à 30° d’inclinaison produisent : 1.271 kWh par an dans le nord de la France, soit 127,1 kWh/m2 de panneaux PV, et 1.834 kWh par an dans le midi ou en Corse, soit 183,4 kWh/m2 de panneaux PV.
Un autre simulateur, le PVGIS(5), de la Commission européenne(6), pour les mêmes panneaux PV, mais d’une surface de 8 m2, soit une puissance nominale de 1 kWc (kiloWatt-crête), nous donne une production de : 0,870 kWh par an à Lille, soit 108,75 kWh/m2 de panneaux PV, et 1,340 kWh par an à Marseille, soit 167,50 kWh/m2 de panneaux PV.
La différence entre les deux simulateurs est due à des pertes dans l’installation PV (température des panneaux, réflexions angulaire des rayons solaires, pertes électriques dans les câbles et l’onduleur, etc.) dont tiens compte le PVGIS.
En conséquence, nous choisirons pour la France métropolitaine une moyenne de 125 kWh/m2 de panneaux PV installés, moyenne plutôt basse tenant compte des données PVGIS !
Ainsi, si on pouvait couvrir tout le territoire métropolitain de ces panneaux PV, on aurait une production théorique annuelle de : 551 • 109 m2 • 125 kWh/m2 = 68.875 • 109 kWh = 68.875 TWh (par an)
En consultant les statistiques de l’INSEE sur le bilan énergétique de la France(7), on retiendra que la consommation finale énergétique en 2009 était de 155,9 Mtep (Mégatonnes équivalent pétrole). Ce chiffre représente toutes les formes d’énergies consommées en France.
Pour convertir les Mégatonne-équivalent-pétrole en Térrawattheure, nous avons recours au tableau(8) d’EUROSTAT, l’Office Statistique européen : 1 Mtep = 11.630 GWh = 11, 63 TWh
Ainsi, la consommation finale énergétique de la France en 2009 était de : 155,9 Mtep • 11,63 TWh/Mtep = 1.813 TWh.
Le rapport : 1.813 TWh / 68.875 TWh = 2,63 % est la partie de la surface totale du territoire qu’il faudrait couvrir en panneaux PV pour produire toutes les énergies consommées en France métropolitaine. Mais heureusement, il y a bien d’autres énergies renouvelables qui peuvent encore être développées en parallèle avec l’énergie solaire, et en premier lieu les économies d’énergies.
Alors, pourquoi continuer à se faire peur avec le nucléaire et à changer le climat avec les énergies fossiles ? ______________________
(3) Transénergie est un bureau d'études indépendant spécialisé dans les énergies renouvelables (EnR) et la maîtrise de l'énergie (MDE) ; http://www.transenergie.eu
(4) Sun Sim, l’outil pour simuler la performance d’un projet photovoltaïque, en fonction de la zone géographique pour l’ensoleillement, de la ventilation des panneaux PV, de l’orientation et de l’inclinaison de la toiture, de la surface totale des panneaux, et qui permet de calculer le revenu de la production selon des tarifs courants ; http://www.transenergie.eu/simulation-photovoltaique.php
(6) Commission européenne, Centre Commun de Recherche, Institute for Energy, Unité Énergies Renouvelables. L’Unité qui s’occupe des énergies renouvelable est située au Centre Commun de Recherche d’Ispra en Italie. http://ec.europa.eu/dgs/jrc/index.cfm