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samedi 20 mai 2017

On renonce à contrer le réchauffement climatique ?

English translation below

Les États-Unis et le Canada s’entendent pour l’exploitation accrue du gaz de schiste en construisant trois pipelines à travers le continent nord-américain. Des forages pétroliers sont déjà autorisés dans les territoires du grand nord canadien et les Russes en prévoient autant du côté sibérien de l’Arctique.  
Les commandes d’avions n'ont jamais été aussi élevées dans le monde. L’extension de l’aéroport de Londres Heathrow ainsi que des solutions alternatives à la construction du second aéroport de Nantes sont prévus. On a un urgent besoin d’aéronefs fonctionnants sans kérosène comme des ballons dirigeables et des avions solaires. La mobilité plus lente qu’implique ces solutions fait qu’elles restent dans les cartons à l'état de concepts.

Tout ceci est en contradiction avec l’accord de Paris pris en décembre 2015 à la COP21, qui avait pour objectif de contenir le réchauffement climatique entre 1,5°C et 2,0°C.

Au GIEC, les experts du changement climatique disent qu'ils veulent rester dans ces limites. Mais devant cette impossibilité constatée par le monde académique et scientifique, ils suggèrent implicitement le recours à la géo-ingénierie, c'est-à-dire par gestion du rayonnement solaire (Solar Radiation Management ou SRM) et par extraction et stockage du CO2 de l’atmosphère (CCS), pour rentrer dans les clous.

De façon incompréhensible, le GIEC s'appuie encore toujours sur des modèles mathématiques qui ne tiennent pas compte de la quelque soixantaine de boucles de rétroactions positives identifiées par les experts. Ces boucles amplificatrices ont comme propriétés d'accélérer le réchauffement climatique et de le prolonger. Un réchauffement moyen de 3°C-4°C communément admis par la plupart des experts, pourrait selon d'autres, à cause de ces boucles amplificatrices, se prolonger au-delà de toute capacité de survie de l'humanité sur Terre jusqu'à 8°C-9°C ou plus pour les experts les plus en flèche. À l'époque, seulement une vingtaine de ces boucles avaient été identifiées mais le GIEC en a quand même ignoré quelques unes. Dans ses rapports, le GIEC ne parle pas de ce qu'il ne sait pas calculer ; c'est pour cette raison par exemple qu'il mentionne seulement 1 mètre d'élévation du niveau des océans pour 2100, mais la réalité sera bien pire, de 5 à 9 mètres selon James Hansen et fort probablement plus.

Ces prises de position du GIEC marque non seulement de la complaisance, mais représente carrément un feu vert pour les compagnies extractivistes d'énergies fossiles et de ressources non renouvelables de pouvoir développer sans contrainte leurs activités polluantes en gaz à effet de serre (GES) et destructrices de l'environnement.

Dans un récent interview[1] accordé à Climate News Network, Kevin Anderson, professeur d'énergie et de changements climatiques à l'Université de Manchester, soutient qu'il y a 95 % de chances que l'action contre le changement climatique ne soit pas assez robuste pour confiner la croissance du réchauffement de la Terre en dessous de l'objectif de 1,5°C-2°C.

Anderson croit que les politiciens ne prendront pas assez de mesures pour lutter contre les changements climatiques, en partie parce que la menace du réchauffement climatique est souvent sous-estimée par de nombreux experts. Il explique que si nous ne sommes pas prêts à faire face aux défis que nous avons devant nous, les réponses que nous proposerons ne seront pas appropriées. Il pense qu'il y a un risque de 95% d'échouer. 



En replaçant cette discussion dans une échelle de temps plus large, on doit se rappeler que le rapport Meadows [2] avait pour ambition de réduire la croissance à une vie prospère et soutenable sur la planète. C'est dans une perspective de transition douce que quelques scénaris avaient été proposés en 1972, puis dans les mises à jour de 1992 et 2002. 

Par la suite, d'autres mises à jour n’ont pas été proposées car il n’y avait plus de possibilité de transition douce. Cette évidence aux yeux de Dennis Meadows n’est pas passée du côté des politiciens avec toutes les grandes conséquences qu’elle recelait de devoir contrer le réchauffement climatique de manière beaucoup plus brutale. 

Les compagnies pétrolières avaient déposés des mines depuis des années sous les arguments en faveur d’une action climatique urgente. Mais les politiciens ne sont pas seuls coupables. La communauté académique, la communauté scientifique, les journalistes et les ONG le sont aussi, chacun dans une attitude attentiste de ce que vont faire les autres. 

Kevin Anderson pense qu'il reste une petite chance de 5% de réussite possible. Paul Jorion, anthropologue et sociologue, estime que le genre humain n’est pas équipé mentalement [3] pour faire face à ce défi qui maintenant le dépasse.

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Au cours de la réunion éditoriale préparatoire à la publication de cet article, j'ai trouvé utile de garder ces commentaires de Jack du Climatoblogue :

Les gouvernements de ce monde versent 10 millions de $ à la minute en subvention à l'industrie des combustibles fossiles. Par année, ça fait 5,3 billion (53 000 000 000 000 $) par année. Aux dernières élections Américaine, c'est, à toute évidence, l'industrie des combustibles fossiles qui a gagné.

Quand ça fait presque 5 ans qu'on écoute et lis presque tout ce qui a trait au réchauffement climatique ; quand on sait que rien n'a été fait entre la 1ere COP de 1992 et celle de Paris en 2015, on se demande vraiment ce qui bloque la machine. Qui mets des bâtons dans les roues? Et la COP 21 est de loin insuffisante, elle nous garantit au minimum 3°C à 4°C de réchauffement, ce qui serait cataclysmique. Quand on voit les prévisions du GIEC basées sur des technologies dont on ne connaît rien, et encore moins la certitude que ça fonctionnera, on pense qu'il doit forcément y avoir anguille sous roche ; la survie de l'espèce humaine semble basée sur des chimères...

Quand on voit tout ça, on a envie de croire à une petite théorie conspirationniste... Le GIEC et les COP semblent avoir pour but d'estimer combien de combustible fossiles on peut encore brûler et pas de limiter le réchauffement climatique à un niveau sécuritaire.

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GIVING UP ON CLIMATE CHANGE ?

The United States and Canada agree on the increased use of shale gas by constructing three pipelines across the North American continent. Petroleum drilling is already authorized in the territories of the great north Canadian and the Russians foresee as much on the Siberian side of the Arctic.
Aircraft orders have never been higher in the world. The extension of the London Heathrow airport as well as alternative solutions to the construction of the second airport of Nantes, France are planned. There is an urgent need for aircraft powered without kerosene such as dirigible balloons and solar planes. The slower mobility implied by these solutions means that they remain in cartons as concepts.

All this is in contradiction with the Paris agreement reached in December 2015 at COP21, which aimed to contain global warming between 1.5°C and 2.0°C.

At the IPCC, climate change experts say they want to stay within these limits. But in view of the impossibility stated de by the academic and scientific world, they implicitly suggest the use of geoengineering, which is either by solar radiation management (SRM) or by extraction and storage of CO2 from Atmosphere (CCS), to get into the nails.

Incomprehensibly, the IPCC still relies on mathematical models that do not take into account the some sixty loops of positive feedback identified by the experts. These amplifying loops have the properties of accelerating global warming and prolonging it. An average warming of 3°C to 4°C, commonly accepted by most experts, could, according to others, because of these amplifying loops, extend beyond any capacity of survival of humanity on Earth up to at least 8°C - 9°C or higher for the most skilled experts. At the time, only about 20 of these loops had been identified, but the IPCC still ignored a few. Because in its reports, the IPCC does not talk about what it can not calculate. It is for similar reason, for example, that it mentions only 1 meter of elevation of the ocean level for 2100, but the reality will be much worse, from 5 to 9 meters according to James Hansen and likely more.

These IPCC positions are not only a sign of complacency, but a green light for fossil fuels energy and non-renewable resources’ companies to develop their greenhouse gas (GHG) polluting industries, destructive of the environment.

In a recent interview [1] given to Climate News Network, Kevin Anderson, Professor of Energy and Climate Change at the University of Manchester, UK maintains that there is a 95% chance that actions against climate change are not robust enough to confine Earth warming below the target of 1.5°C - 2°C.

Anderson believes politicians will not take enough actions to fight climate change, partly because the threat of global warming is often underestimated by many experts. He explains that if we are not prepared to face the challenges we have before us, the answers we propose will not be appropriate. He thinks there is a 95% risk of failing.
By placing this discussion on a broader scale, it should be remembered that the Meadows report [2] had the ambition to reduce growth to a prosperous and sustainable life on the planet. It was from a gentle transition perspective that a few scenarios were proposed in 1972 and after in the 1992 and 2002 updates.

Subsequently, other updates were not proposed because there was no longer a smooth transition possibility. This evidence in the mind of Dennis Meadows did not pass to the politicians’ side with all the great consequences that it contained to have to attack the global warming in a much more brutal way.

The oil companies had deposited mines for years under the arguments in favor of urgent climate action. But politicians are not alone guilty. The academic community, the scientific community, the journalists and the NGOs are also, each one in a wait-and-see attitude of what others will do.

Kevin Anderson thinks there is still a small chance of 5% success. Paul Jorion, a Belgian anthropologist and sociologist, believes that mankind is not mentally equipped [3] to face this challenge that now surpasses it.
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During the editorial meeting preparing for the publication of this article, I found it useful to keep these comments of Jack who edit Le Climatoblogue :

Governments around the world are contributing $ 10 million per minute to the fossil fuel industry. Each year, that's $ 5.3 trillion ($ 53,000,000,000,000) a year. In the last American election, it was obviously the fossil fuel industry that won.

When it has been almost five years that we listen and read almost everything related to global warming; When one knows that nothing has been done between the 1st COP of 1992 and that of Paris in 2015, one really wonders what is blocking the machine. Who put sticks in the wheels? And COP 21 is far from sufficient, it guarantees at least 3°C to 4°C of warming, which would be cataclysmic. When one sees the IPCC forecasts based on technologies whose one has now knowledge, without any certainty that it will work, it is thought that there must be an hidden plan; The survival of the human species seems based on chimeras ...

When you understand all this, you want to believe in a little conspiracy theory ... The IPCC and the COPs seem to be aimed at estimating how much fossil fuel one can still burn and not limiting global warming to a safe level .

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mercredi 8 mars 2017

Se débarrasser du capitalisme est une question de survie. De Paul Jorion.

English translation below

Dans son nouveau livre sorti cette semaine chez Fayard, l'auteur nous décrit en sept points comment selon lui établir un véritable redressement du projet européen.

1    Trancher la dépendance à la croissance de l'État providence pour en faire une institution irréversible et intangible.
2    Casser la machine à concentrer la richesse qui fait aujourd'hui que 8 personnes disposent d'un patrimoine équivalent à la moitié la moins riche de l'humanité.
3    Promouvoir la gratuité pour l'indispensable (alimentation, santé, éducation, vêtements, logement) et distinguer le nécessaire du superflu. Tout ce qui est indispensable pour conserver la vie est une propriété commune à la société entière. Il n'y a que l'excédent qui soit une propriété individuelle.
4    Remettre en question le plan comptable traditionnel (complètement arbitraire) qui classe les salaires comme un coût pour l'entreprise. Toutes les avances en travail, en capital et en direction des affaires sont indispensables et doivent être traitées sur un pied d'égalité.
5    Taxer le travail des machines, robots ou logiciels, au même barème que les êtres humains qu'ils remplacent, sa valeur ajoutée n'étant pas comptabilisée en tant que gain de productivité. Cet impôt reflétera les gains de productivité pour l'humanité dans son ensemble et servira à financer la gratuité sur l'indispensable.
6    Restaurer l'interdiction de la spéculation, au sens de "paris sur les mouvements à la baisse ou à la hausse des titres financiers", telle qu'elle était en vigueur en Suisse jusqu'en 1860, en Belgique jusqu'en 1867 et en France jusqu'en 1885. Le risque systémique considérable créé par la spéculation serait ainsi automatiquement éliminé.
7    Faire de l'euro l'embryon d'un nouveau système monétaire international, et pour cela :
·         Mettre en place un système fiscal unique pour les 19 pays de la zone euro, avec les mêmes normes d'imposition et de redistribution ;
·         Clore l'émission de dettes souveraines et mutualiser la dette, pour éliminer les primes de risque de crédit et de convertibilité ;
·         Transformer le système européen Target 2 de paiement interbancaire en un authentique système de règlement, incluant un rééquilibrage annuel entre nations à l'instar de l'Interdistrict Settlement Account (ISA) américain ;
·         Aider les économies nationales à équilibrer leurs échanges pour qu'elles ne soient ni importateur net, ni exportateur net ;
·         Interdire le mouvement des capitaux spéculatifs à l'intérieur de la zone euro et à ses frontières. 

C'est ainsi que Paul Jorion voit la manière de réformer l'Europe en se débarrassant du capitalisme, ce qui est pour l'humanité une question de survie.

Getting rid of capitalism is a matter of survival. By Paul Jorion.

In his new french book released this week at Fayard, Paris, the author describes in seven points how to set, in his opinion, a real recovery of the European project.

  1. Slashing the dependency on the growth of the welfare state to make it an irreversible and intangible institution.
  2. Breaking the machine which concentrate the wealth that makes today that 8 people have their assets equivalent to the half richest of mankind.
  3. Promote free access to essential services (food, health, education, clothing, housing) and distinguish the necessary from the superfluous. What is essential for the preservation of life is a property common to the whole of society. Only overage is an individual property.
  4. Challenging the traditional (completely arbitrary) chart of accounts that classifies wages as a cost to the company. All advances in labor, capital and business are essential and must be treated on an equal footing.
  5. Taxing the work of machines, robots or software, to the same level as the human beings they replace, their added value not being counted as productivity gain. This tax will reflect productivity gains for mankind as a whole and will be used to finance the free of charge on the access to essential services.
  6. Restore the ban on speculation, in the sense of "betting on downward or upward movements of financial securities", as it was in force in Switzerland until 1860, in Belgium until 1867 and France until 1885. The considerable systemic risk created by speculation would thus be automatically eliminated.
  7. To make the euro the embryo of a new international monetary system, and for this:


  • Establish a single tax system for the 19 euro zone countries, with the same standards for taxation and redistribution;
  • Close the issuance of sovereign debt and pool the debt, to eliminate credit risk premiums and convertibility;
  • Transforming the European Target 2 interbank payment system into a genuine settlement system, including an annual rebalancing between nations like the American Interdistrict Settlement Account (ISA);
  • Assist national economies to balance their trade so that they are neither net importer nor net exporter;
  • Prohibiting the movement of speculative capital within the euro zone and at its borders.

In this way, Paul Jorion sees the way to reform Europe by breaking away from capitalism, which is for mankind a matter of survival.

lundi 23 décembre 2013

Au Grand Casino de la Finance, par Paul Jorion

« Paul Jorion est titulaire de la chaire « Stewardship of Finance » à la ’’Vrije Universiteit Brussel’’ et fait partie du Groupe de réflexion sur l’économie positive dirigé par Jacques Attali. Il est diplômé en sociologie et en anthropologie sociale (Docteur en Sciences Sociales de l’Université Libre de Bruxelles). Il a enseigné aux universités de Bruxelles, Cambridge, Paris VIII et à l’Université de Californie à Irvine. Il a également été fonctionnaire des Nations-Unies (FAO), participant à des projets de développement en Afrique. » C’est ainsi qu’il se présente lui-même.

D’après mon analyse de cet article trouvé sur son Blog, Paul Jorion nous fait partager l’ambiance des salles de marché, peuplées de « traders » animés par la cupidité et l’adrénaline propres aux spéculateurs de la finance. Quand une banque vacille, ces tricheurs gagnent des centaines de millions d’euros en pariant sur sa perte. Les banques elles-mêmes trichent aussi, comme on l’a vu dans les scandales du Libor et de l’Euribor. Des ententes généralisées entre tous ces tricheurs entraînent les banques et toute la finance vers une chute « systémique » inéluctable.

Fin du XIXème siècle, au plus fort de la colonisation, des groupes de pression font supprimer les lois anti-spéculation. Les richesses pillées dans les Colonies, dont nos peuples ont bénéficié aussi, ne font pas apparaître les somptueux profits qu’en tirent les spéculateurs. Mais nous en sommes maintenant arrivés à l’épuisement des ressources de la planète. Il ne reste plus à la spéculation qu’à pomper littéralement dans l’épargne des classes moyennes, dans les salaires toujours plus réduits et jusque dans les dettes et les budgets des Nations.

Ce casino financier condamne l’économie réelle. Paul Jorion préconise de remettre en vigueur les lois anciennes : l’article 421 du Code pénal qui dit « Les paris qui auraient été faits sur la hausse ou la baisse des effets publics seront punis des peines portées par l’art. 419 » ; et l’article 1965 du Code civil qui dit « La loi n’accorde aucune action pour une dette de jeu ou pour le paiement d’un pari », autrement dit, le joueur qui s’estime lésé n’a pas l’opportunité de se tourner vers les tribunaux pour demander réparation. Ces deux articles très simples permettent selon lui d’interdire la spéculation.

De mon point de vue, les Etats devront prendre d’autres mesures concomitantes pour geler ces masses financières gigantesques qui sont en train de migrer dans les marchés du « shadow banking », et permettent aux spéculateurs de parier dans des plateformes appelées « dark pools » à hauteur de 100 trillions d’euros par jour ! Et sans qu’aucune autorité de régulation financière n’y ait rien à dire !

Lors des élections européennes qui s’annoncent en 2014, chaque Européen doit se demander si le député qu’il élit a la volonté de contrer ce casino financier de toutes ses forces et quoi qu’il en coûte. C’est une question de survie pour les entreprises et donc pour l’emploi, aussi bien que pour l’épargne des gens dans les banques. C’est aussi la façon de faire sauter ce barrage qui empêche les investissements massifs dans les énergies renouvelables et l’évolution de notre habitat vers une meilleure isolation des bâtiments (maisons passives). Car il s’agit de rendre durable la vie de sept milliards de terriens !