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dimanche 2 juillet 2017

Un changement climatique non maîtrisé

English translation below 

Aux États-Unis, une oligarchie politico-économique élue a choisi de sacrifier le genre humain pour son profit immédiat, sur l’autel du changement climatique, en se retirant de l’accord de Paris de décembre 2015 sur le climat.

Cette annonce a eu pour effet immédiat de resserrer les liens des quelques 200 autres pays signataires, l’Union Européenne et la Chine en tête. Les Universités Américaines, les plus grandes villes, et une trentaine d’États américains poursuivent l’effort, avec l'objectif clair de “Make Our Planet Great Again”, rendre à notre planète sa grandeur, selon les termes du Président de la république E. Macron. Reste à examiner s’il est toujours possible, et à quelles conditions, de combattre le changement climatique pour que les générations futures puissent encore vivre sur notre planète.

De la nature humaine

Les biologistes décrivent les êtres humains comme une espèce prédatrice et colonisatrice. Elle croît jusqu'à envahir son environnement entièrement qu'elle épuise peu à peu. Lorsqu’il est totalement épuisé elle se met en quête d’envahir un nouvel environnement qui lui soit propice. Mais aujourd'hui l’homme a envahi toute la planète et l’a en grande partie épuisée.

Le comportement de l’homme fait avant tout qu'il trouve “naturel” de se préoccuper de son seul intérêt propre, et qu'il trouve majoritairement tout aussi “naturel” de se désintéresser du bien collectif commun qu'il a l’habitude de confier aux politiques. Ceux-ci ont institué un système démocratique (ou pas) qui s’assimile à une domination du peuple par une élite économique déconnectée de l’opinion majoritaire. La dépendance de cette élite à l'argent et aux profits est responsable de l'extinction massive des espèces en cours. 

L’homme est perpétuellement en guerre avec ses semblables sous tous les prétextes possibles dont le plus ancien est la religion. Les hommes ont été incapables, en des dizaines de milliers d’années, de se débarrasser des guerres. Quand ils échouent à résoudre un problème politique ou économique un peu compliqué, la guerre devient la seule solution de dépasser les difficultés rencontrées. Les hommes sont des spécialistes pour rebâtir sur les décombres fumants de leurs dévastations.

Par son comportement “naturel” l’homme moderne (?) détruit tous les habitats possibles qu'il a envahi, puis colonisé, mais cela ne le prémunit pas de l’extinction, car la Nature ne lui donne pas plus de garantie de survie sur le long terme qu’aux dinosaures. 

Empreinte humaine et capitalisme

L’humanité consomme 1,7 fois la capacité de la Terre à se renouveler. Faire décroître cette empreinte bien en-dessous d’une Terre est devenu une question de survie pour l’humanité. Mais, envisage-t-on une décroissance de la consommation humaine ?  

Pas du tout, car la croissance est considérée comme indispensable au système capitaliste pour payer des intérêts, des dividendes et des bonus. Même si on décidait de les supprimer au nom de la décroissance, il n’est pas sûr que l’on saurait comment s’y prendre, car nous avons fait du profit un dieu. 

L’incapacité de payer les intérêts d’une dette s’appelle un défaut. Quand cette incapacité est généralisée, cela s’appelle un effondrement bancaire systémique. Les banques ne se font plus confiance et ne prêtent plus ; les entreprises font faillite sous le poids des dettes. Si la loi avait séparé les banques de dépôts des banques d’investissements, le citoyen serait supposé ne pas perdre d’argent, ce qui n’est pas le cas aujourd'hui. De toute façon il n'arriverait plus à emprunter. Il ne peut se développer que sur ses économies.

Il en est de même pour les entreprises en période de décroissance : se libérer des dettes, ne plus nuire à l’environnement, dépolluer, faire du neuf avec du vieux.

On peut donc dire que la décroissance nécessaire est incompatible avec le cadre actuel d'un système purement capitaliste.
C’est pourquoi, se débarrasser du capitalisme est devenu une question de survie pour une humanité qui voudrait réduire son empreinte à un niveau soutenable.  

Les connaissances scientifiques

La croissance effrénée a enclenché l’accumulation de gaz à effet de serre (GES) dans l'atmosphère, depuis longtemps le dioxyde de carbone (CO2) et plus récemment le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O), et bien d'autres. Ces GES ont amené une hausse des températures moyennes, ce qu’on appelle le réchauffement climatique. En mars 2017 notre planète souffrait d’une anomalie de +1,25°C par rapport à l’ère pré-industrielle (avant 1750, définition du GIEC), plus marquée au sol en hémisphère nord à une moyenne record de 2,47°C. 

Les conséquences du réchauffement climatique sont parfaitement observables et ressenties par des phénomènes en lente croissance exponentielle : records de sécheresse, inondations, précession des saisons, baisse des récoltes de céréales et de fruits, pénurie et manque d'eau, fontes des glaciers et des pôles, dégel du Cercle polaire Arctique et du continent Antarctique, montée du niveau des océans, acidification et désoxygénation des océans, disparitions des espèces animales marines et terrestres, donc de nos chaînes alimentaires, disparition des forêts tropicales et subpolaires par la déforestation, la réallocation des sols, la sécheresse et les maladies, les feux de forêts déclenchés par la foudre, augmentation des ouragans et typhons en nombre et intensité, les nouveaux phénomènes amplificateurs induits par le réchauffement comme El Niño et les quelques 60 boucles de rétroaction positives.

Le dégel des calottes glaciaires est irréversible aux deux pôles, au Groenland, dans les glaciers et dans toutes les chaînes de montagne, l’Himalaya étant au premier rang. Au total, au moins 70 mètres de montée du niveau des océans. Mais la lenteur de l’accélération de ces dégels n’est pas brusquement visible dans nos ports et sur nos côtes par une montée de l’eau subite capable de réveiller les consciences. Tout au plus, on reconstruit les maisons sur de plus hauts pilotis et on surélève les rues comme à Miami ou à Long Island.

En Europe, les moissons d’été ont commencé en juin 2017. La sécheresse est passée par là depuis le début de l’année.

Certainement on doit stopper la production des GES, de toute origine. Tout en sachant qu’à la température actuelle, nous ne pouvons plus contrôler un éventuel relâchement de méthane stocké dans les hauts fonds qui bordent l’océan Arctique. Les 50 Gigatonnes de méthane qui sont censés s’y trouver, vont provoquer un bond des températures que les experts qualifient de catastrophique.

Le corps humain est une centrale thermique qui se maintien à 37°C. Il échange avec l'air ambiant. Ce n'est possible que dans certaines combinaisons de température et d'humilité. Sur la Côte d'Azur le corps accepte 40°C avec une humidité de 20%. Dans les zones tropicales une humidité de 90% avec une température de 40°C sera mortel : en quelques heures, le corps humain sera "cuit" de l'intérieur comme de l'extérieur.  

Les êtres humains sont parfaitement conscients de l’augmentation de tous ces phénomènes, mais ils n’arrivent pas à se représenter ni la lenteur de cette progression année après année, ni sa croissance exponentielle. Ils pensent qu'une progression lente laisse le temps de revenir plus tard sur le phénomène pour s'en occuper. Mais la progression exponentielle du phénomène va les surprendre tôt ou tard. C'est ce qui fait qu'ils sont toujours en retard dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Mais le changement climatique n’attend pas l’homme. Les effets des quelques 60 boucles amplificatrices de rétroaction positive n’ont pas été examinées en détail. Cependant on sait qu’elles sont propres à accélérer (exponentiellement) et à prolonger le réchauffement de la planète. Dès lors, le consensus des experts sur un réchauffement minimum de 3°C à 4°C, difficilement supportable pour l’être humain, sera dépassé avec certitude.

Une alerte connue et publiée fréquemment

Au cours de ces 45 dernières années, l’humanité a été alertée à de nombreuses reprises sur la catastrophe planétaire inévitable qui s’ensuivrait à vouloir poursuivre une croissance économique, énergétique, démographique, sans frein sur une planète aux ressources finies (limitées).


Il y a donc 45 ans, en 1972, Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers et 14 autres chercheurs du MIT mettaient la Théorie de la Dynamique des Systèmes en équations pour modéliser la croissance. La Théorie de la Dynamique des Systèmes provient des travaux de Jay Forrester, professeur au MIT, concepteur du modèle informatique Word3. La version initiale de Word3 a été adaptée en Word3-91 et les résultats, similaires à ceux de 1972, furent publiés sous « Beyond the Limits » en 1992. Une adaptation nouvelle en Word3-03 a engendré les résultats publiés en 2004 en anglais, dont nous lisons enfin en 2012 la traduction sous “Les limites à la croissance (dans un monde fini)” qui est une traduction française de « The Limits to Growth, The 30-Year Update ». C’était la mise à jour en 2004, 32 ans après, du 1er fameux Rapport Meadows de 1972 qui fut inspiré par Aurelio Peccei, fondateur du Club de Rome. Comme en 1972, le modèle montre un effondrement situé entre 2015 et 2025.



D’après les auteurs, le scénario initial de 1972 se confirme toujours actuellement, bien qu’il soit basé sur des données de l’époque qui décrivent de façon réaliste la seconde moitié du 20ème siècle. On y constate un décrochage avant 2025 de la production industrielle, de la production agricole (nourriture disponible),  de l’espérance de vie, du bien-être humain et des ressources non renouvelables de la planète. Pour l'équipe Meadows, la démographie du système-Terre, marqué par l'instabilité de notre civilisation industrielle, mène à un déclin irréversible et incontrôlé à partir de 2030.

Après avoir tenté divers scénarios, les auteurs décrivent, dans un scénario n° 9, une planète qui aurait cherché, à partir de 2002, à stabiliser sa population et sa production industrielle par habitant, et qui aurait investi dans la lutte antipollution, dans la préservation des ressources non renouvelables et dans l’agriculture.

Effondrement

Nous avons vu que l’homme détruit son habitat, la Terre, et qu'il trouve cela “naturel”. Les profits des plus riches, basés sur la dette des plus pauvres, les a entraîné dans une spirale addictive aux profits, d'un capitalisme devenu incompatible avec la lutte contre le changement climatique. Les hommes ont été alertés depuis 45 ans sur l’effondrement qui devait se présenter au début du XXIème siècle, mettant en péril toutes les espèces vivantes de la planète.

Les scientifiques ont produit des centaines de rapports validés par leurs pairs et publiés dans des revues scientifiques comme Science ou Nature. Ces dernières années, plusieurs auteurs ont remis ces rapports en perspective, pour créer un véritable réveil des consciences et voici ma sélection de leurs livres :


Un consensus politique est survenu lors de la COP21 en décembre 2015 pour limiter le réchauffement entre 3°C et 4°C (efforts annoncés par l’ensemble des pays) bien que l’objectif visé officiellement soit de 2°C et si possible 1,5°C. En face de ces objectifs, les mesures de mars 2017 montraient un réchauffement global de 1,25°C par rapport à l’ère pré-industrielle, et de 2,47°C au sol en moyenne dans l’hémisphère nord. Ces chiffres sont à surveiller comme le lait sur le feu.

On sait qu’on a engendré des phénomènes d’accélération et de prolongement du réchauffement qui vont nous entraîner bien au-delà des efforts annoncés. Car nous avions déjà franchi le point de basculement des températures de réchauffement à la fin de l’épisode El Niño, en avril 2016. Au-delà de ce point de basculement on sait qu’il est impossible de revenir aux températures stables d’antan.

Depuis nous sommes entrés en zone inconnue de réchauffement, où nous ne pouvons plus prévoir à quel niveau de température cela s’arrêtera, malgré la géo-ingénierie chimérique, annoncée mais jamais déployée.

En guise de conclusion  

Il y a cependant des choses à faire sur le plan local pour créer les conditions résilientes de vie ultérieure éventuelle. Une transition vers une autre société nous oblige à travailler notre imaginaire, donc de nous faire des récits pour inverser ces spirales de violence et de pessimisme. Des récits qui rejettent toute dissonance cognitive et tout déni. Soyons les transitionneurs qui inventent leur propre avenir. Car les initiatives de transition libèrent les gens de ces sentiments d'impuissance tellement toxique et répandue dans la population. L'urgence est de reconstruire un tissu social local solide et vivant, doté d'un climat de confiance, c'est-à-dire un véritable « capital social » qui puisse servir en cas de catastrophe.

Les transitionneurs (qui pensent : « on est tous dans le même bateau ») souvent non-violents, collectivistes, appellent à une transition à grande échelle, car la vie n'a plus de sens si tout s'effondre. Pratiquant l'ouverture et l'inclusion, ils sont convaincus que l'avenir est dans les éco-villages, l'entraide et l'imaginaire de transition. Ils pensent « ensemble on va plus loin ».

Malgré tout, la transition est encore à très petite échelle pour le moment. Et il n’est pas sûr que nous ne soyons pas dépassés par des phénomènes abrupts, en croissance exponentielle, capables d’annihiler les efforts de transition à grande échelle.

Kevin Anderson, professeur d'énergie et de changements climatiques à l'Université de Manchester, soutient qu'il y a 95 % de risques que l'action contre le changement climatique ne soit pas assez robuste pour confiner la croissance du réchauffement de la Terre en dessous de l'objectif de 1,5°C-2°C. Il pense qu'il reste une petite chance de 5% de réussite possible. Paul Jorion, anthropologue et sociologue, estime que le genre humain n’est pas équipé mentalement pour faire face à ce défi qui maintenant semble le dépasser.

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Please apologize the poor translation

An uncontrolled climate change

In the United States, an elected political-economic oligarchy has chosen to sacrifice humanity for its immediate benefit, on the altar of climate change, by withdrawing from the December 2015 climate accord.

The announcement had the immediate effect of strengthening the ties of the 200 other signatory countries, the European Union and China at first. American Universities, the largest cities, and some thirty American states continue the effort, with the clear goal of "Make Our Planet Great Again", were the words of the French President of the Republic E. Macron. It remains to be seen whether it is still possible, and under what conditions, to combat climate change so that future generations can still live on our planet.

Human nature

Biologists describe human beings as a predatory and colonizing species. It grows until it invades its environment, which it exhausts little by little. When it is exhausted, it sets out to invade a new propitious environment. But today man has invaded the whole planet and has largely exhausted it.

Man's behavior is above all that he finds it "natural" to concern himself with his own self-interest, and that he finds mostly just as "natural" to lose interest in the common collective good he is accustomed to entrust to the politicians. They have instituted a democratic system (or not) that is assimilated to a domination of the people by an economic elite disconnected from the majority opinion.

Man is perpetually at war with his fellow men under all possible pretexts, the most ancient of which is religion. Men have been incapable, in tens of thousands years, of getting rid of wars. When they fail to solve a rather complicated political or economic problem, war becomes the only solution to overcome the difficulties encountered. Men are specialists in rebuilding on the smoking rubble of their devastation.

By his "natural" behavior man destroys all the possible habitats that he has invaded and then colonized, but this does not protect him from extinction, for Nature does not give him more guarantee of survival over the long term than the dinosaurs.

Human Footprint and Capitalism

Humanity consumes 1.7 times the capacity of the Earth to renew itself. Decreasing this footprint far below one Earth has become a matter of survival for humanity. But is there a prospect of a decrease in human consumption?

Not at all, because growth is considered indispensable to the capitalist system to pay interest, dividends and bonuses. Even if it were decided to remove them in the name of decreasing, it is not certain that one would know how to go about it.

The inability to pay interest on a debt is called a default. When this disability is widespread, it is called a systemic bank collapse. Banks no longer trust and lend; The companies go bankrupt under the weight of the debts. If the law had separated the deposit banks from the investment banks, the citizen would be presumed not to lose money, which is not the case today. In any case he would no longer be able to borrow. He must save if he wants to develop.

It is the same for companies in a period of decline: to free themselves of debts, no longer harm the environment, clean up, make new with the old.

It can therefore be said that the necessary decrease is incompatible with the present framework of a purely capitalist system.
That is why getting rid of capitalism has become a matter of survival for a humanity that wants to reduce its footprint to a sustainable level.

Scientific knowledge

Rampant growth has triggered the accumulation of greenhouse gases (GHGs) in the atmosphere, carbon dioxide (CO2), and more recently methane (CH4), nitrous oxide (N2O), and many others. These GHGs have led to an increase in average temperatures, known as global warming. In March 2017, our planet suffered an anomaly of +1.25°C compared to the pre-industrial era (before 1750, IPCC definition), more pronounced on land in the northern hemisphere at a record average of 2.47°C.

The consequences of global warming are perfectly observable and experienced by slow exponential growth phenomena: drought records, floods, seasonal precariousness, reduced crops of cereals and fruits, shortages of water, melting of glaciers and poles, thawing of the Arctic Circle and the Antarctic continent, rising ocean levels, acidification and deoxygenation of the oceans, disappearance of marine and terrestrial animal species, and therefore of our food chains, disappearance of tropical and sub-polar forests through deforestation, drought and disease, forest fires triggered by lightning, increased hurricanes and typhoons in number and intensity, new wave-induced amplifier phenomena such as El Niño, and some 60 positive feedback loops.

Thawing of ice caps is irreversible at both poles, in Greenland, in glaciers and in all mountain ranges, with the Himalayas in the forefront. In total, at least 70 meters of rising sea level. But the slowness of the acceleration of these thaws is not suddenly visible in our ports and on our coasts by a surge of sudden water capable of awakening consciences. At the most, houses are rebuilt on higher piles and the streets are raised like in Miami or Long Island.

In Europe, summer harvesting began in June 2017. The drought has been there since the beginning of the year.

Certainly we must stop the production of GHGs, from any origin. Knowing that at the current temperature we can no longer control the release of methane from the shallows that border the Arctic Ocean. The 50 gigatonnes of methane that are supposed to be there will cause a surge in temperatures that experts call catastrophic. 

The human body is a thermal power plant that maintains at 37°C. It exchanges with the ambient air. This is only possible in certain combinations of temperature and humidity. At the Côte d'Azur the body accepts 40°C with a humidity of 20%. In the tropics a humidity of 90% with a temperature of 40°C will be deadly  : in a few hours, the human body will be "cooked" from inside and outside. 

Human beings are well aware of the increase in all these phenomena, but they can not imagine the slowness of this progression year after year nor its exponential growth. They think that a slow progression allows the time to come back later on the phenomenon to take care of it. But the exponential progression of the phenomenon will surprise them sooner or later. This is why they are always behind in the fight against global warming.

Climate change does not wait for man. The effects of most positive feedback amplifier loops were not examined in detail. However, they are known to accelerate (exponentially) and prolong global warming. Consequently, the experts' consensus on a minimum warming of 3°C to 4°C, which is difficult to bear for humans, will be exceeded with certainty.

A known and frequently published alert

Over the past 45 years, humanity has been alerted on numerous occasions to the inevitable planetary catastrophe that would ensue to pursue an economic, energetic, demographic, unrestrained growth on a planet with finite (limited) resources.


So, in 1972, Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers and 14 other MIT researchers put the Theory of Systems Dynamics into equations for modeling growth. The Theory of Systems Dynamics stems from the work of Jay Forrester, a professor at MIT, the designer of the Word3 computer model. The original version of Word3 was adapted in Word3-91 and the results, similar to those of 1972, were published under "Beyond the Limits" in 1992. A new adaptation in Word3-03 resulted in the results published in 2004 in English, which we read in French in 2012 under "Les limites à la croissance (dans un monde fini)" which is a French translation of "The Limits to Growth, The 30-Year Update". It was the update in 2004, 32 years later, of the first famous Meadows Report of 1972 which was inspired by Aurelio Peccei, founder of the Club of Rome. As in 1972, the model shows a collapse between 2015 and 2025.




According to the authors, the initial scenario of 1972 is still valid, although it is based on data from the period that realistically describes the second half of the 20th century. There is a decline in industrial production, agricultural production (food availability), life expectancy, human well-being and non-renewable resources on the planet by 2025. For the Meadows team, the demography of the Earth system, marked by the instability of our industrial civilization, leads to an irreversible and uncontrolled decline from 2030 onwards.

After a series of scenarios, the authors describe in a scenario No. 9, a planet which, since 2002, would have sought to stabilize its population and industrial production per capita, and which would have invested in pollution control, conservation of non-renewable resources and in agriculture.

Collapse

We have seen that man destroys his habitat, the Earth, and finds it "natural". The profits of the wealthiest, based on the debt of the poorest, have led them into an addictive spiral of profits, a capitalism incompatible with the fight against climate change. Men have been alerted for 45 years on the collapse that was to occur at the beginning of the 21st century, jeopardizing all the living species on the planet.

Scientists have produced hundreds of peer-reviewed reports published in scientific journals such as Science or Nature. In recent years, several authors have put these reports in perspective, to create a true awakening of consciousness and here is my selection of their books:


A political consensus was reached at COP21 in December 2015 to limit warming to between 3°C and 4°C (efforts announced by all countries) although the official objective is 2°C and if possible 1.5°C. In response to these objectives, the March 2017 measures showed an overall warming of 1.25°C compared to the pre-industrial era and an average of 2.47°C on land in the northern hemisphere. These figures are to be watched as milk on fire.

We know that we have generated phenomena of acceleration and prolongation of the warming which will lead us well beyond the announced efforts. Because we had already crossed the tipping point of the warming temperatures at the end of the El Niño episode in April 2016. Beyond this tipping point it is known that it is impossible to return to the stable temperatures of yore .

Since we have entered the unknown zone of warming, where we can not predict at what temperature level this will stop, despite chimerical geo-engineering, announced but never deployed.

As a conclusion

There are, however, things to be done at the local level to create the resilient conditions for possible future life. A transition to another society forces us to have our imagination working, so to tell stories to reverse these spirals of violence and pessimism. Stories that reject any cognitive dissonance and denial. Let us be the transitioners who invent their own future. Because transition initiatives free people from these feelings of impotence so toxic and widespread in the population. The urgent need is to rebuild a solid and vibrant local social fabric, with a climate of trust, that is to say a real "social capital" which can be used in case of disaster.

Transitioners (who think "we are all in the same boat") often non-violent, collectivist, call for a transition on a large scale, because life no longer makes sense if everything collapses. Practicing openness and inclusion, they are convinced that the future lies in eco-villages, mutual aid and the transitional imagination. They think "together we go further".

Nevertheless, the transition is still very small at the moment. And it is not certain that we are not overtaken by abrupt, exponential growth phenomena, capable of annihilating large-scale transition efforts.

Kevin Anderson, Professor of Energy and Climate Change at the University of Manchester, argues that there is a 95% risk that action against climate change is not robust enough to contain the growth of global warming below the target of 1.5°C to 2°C. He thinks there is still a small 5% chance of success. Paul Jorion, an anthropologist and sociologist, believes that mankind is not mentally equipped to face this challenge that now seems to go beyond it.

mardi 28 février 2017

Comment tout va s'effondrer

Petit manuel de collapsologie à l'usage des générations présentes
Pablo Servigne et Raphaël Stevens

Par Michel-Pierre Colin.

Les auteurs avaient choisi ce titre pour leur livre, mais l'éditeur a changé ce « va » en « peut » pour des raisons commerciales. C'est pourquoi il faut rétablir la certitude qui existe dans l'esprit de Pablo Servigne et de son coauteur, de l'effondrement très proche (la génération présente) du monde tel que nous le connaissons y compris celle du genre humain sur la planète Terre.

Dans les conversations on entend de plus en plus souvent des expressions comme : « on va droit dans le mur », « les animaux sont en pleine extinction des espèces », ou « pourquoi font-ils encore des gosses par les temps qui courent ». Les médias parlent de catastrophe pour les avions qui s'écrasent, les trains qui déraillent, mais ne parlent pas des catastrophes qui durent, celles qui ne suivent pas le rythme de l'actualité, comme les crises environnementales, économiques, énergétiques, climatiques, qui ont passé des points de non-retour. Toutes ces crises sont interconnectées et se nourrissent les unes des autres.

Ce livre nous apporte un immense faisceau de preuves, avec plus de 400 références, qui suggèrent que nous faisons face à des instabilités systémiques de plus en plus grandes. Elles menacent certains peuples, voire les humains dans leur ensemble, à se maintenir dans un habitat viable. Il s'agit d'un effondrement pour lequel les auteurs reprennent la définition d'Yves Cochet : « l'effondrement est le processus à l'issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis [à un coût raisonnable] à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ».

Les auteurs utilisent la métaphore de la voiture pour nous expliquer les notions de limites infranchissables et de frontières transgressibles. La disponibilité du carburant est une limite infranchissable dont j'ai déjà parlé dans « Les limites à l'extraction du pétrole et autres minerais ».
En définitive, nous payons nos énergies en créant de la dette qui est reprise par nos banques centrales (en Europe au rythme de 80 milliards d'euros par mois). Maintenant que le coût de ces ressources devient trop élevé, le système basé sur la dette ne fonctionne quasiment plus. Le plus urgent pour l'avenir est de savoir combien de temps notre système économico-énergétique peut encore tenir. Nous vivons les derniers toussotements du moteur de notre voiture qui représente notre civilisation industrielle avant son extinction.

Les frontières franchissables pour notre voiture sont des sorties de route qui nous amènent sur des seuils de basculement au-delà desquels il n'est plus possible de revenir en arrière comme le réchauffement climatique qui provoque des événements extrêmes comme tempêtes, ouragans, inondations, sécheresse, pénuries d'eau, vagues de chaleur plus longues et plus intenses. On constate déjà des contrecoups comme la fonte des glaces aux pôles et des glaciers, la modification de la circulation des courants océaniques, des pénuries d'eau, la propagation de maladies contagieuses, la prolifération de ravageurs et de nuisibles, l'extinction de nombreuses espèces vivantes, la destruction des écosystèmes, la diminution des rendements agricoles, des pertes économiques, des troubles sociaux et de l'instabilité politique.

« Le dernier rapport du GIEC indique la possibilité de rupture des systèmes alimentaires qui augmentera les risques de guerres civiles et de violences intergroupes. Mais le problème de ce rapport est qu'il ne prend pas en compte les effets amplificateurs des nombreuses boucles de rétroactions climatiques, comme la libération de grandes quantités de méthane dues au dégel du pergélisol. Or, ces boucles sont susceptibles de se déclencher à partir de +3°C ou +4°C. Au-delà, il est très difficile de décrire précisément ce qui pourrait advenir. Néanmoins, les scénarios des experts sont en général unanimes et virent très rapidement à la catastrophe » (page 73).

« Pour que les paléontologues parlent de « sixième extinction de masse » il faudra arriver à ce que plus de 75% des espèces de la planète disparaissent. (N.B. 58% a été annoncé). Pourtant la société ne reconnaît pas encore le déclin de la biodiversité comme un facteur majeur de changement global, au même titre que d'autres crises qui mobilise la communauté internationale, comme le réchauffement climatique, la pollution, le trou dans la couche d'ozone ou l'acidification des océans » (page 81).

D'autres frontières planétaires ont été transgressées : le changement climatique, la biodiversité, le changement d'affectation des sols (déclin des forêts), les grands cycles biogéochimiques de l'azote et du phosphore. Ces quatre domaines sont des frontières qui ont été perturbées de manière irréversible.

L'effondrement est maintenant plus proche. Il n'est donc plus question d'arrêter net l'usage des énergies fossiles car cela mènerait à un effondrement économique, social et politique, et peut-être à la fin de la civilisation thermo-industrielle. Mais, maintenir en route le moteur de notre voiture mène à transgresser plus de frontières, donc à d'autres points de basculement climatiques, écologiques, doublé d'un effondrement du genre humain.

Nous sommes prévenus :
« Aujourd'hui nous sommes sûrs de quatre choses :
1. La croissance physique de nos sociétés va s'arrêter dans un futur proche ;
2. Nous avons altéré l'ensemble du système Terre de façon irréversible ;
3. Nous allons vers un avenir très instable, « non linéaire » (exponentiel) dont les grandes perturbations seront la norme ;
4. Nous pouvons désormais être soumis potentiellement à des effondrements systémiques mondiaux » (pages 129-130).

Y-a-t-il des signaux précurseurs d'un effondrement ? Pas vraiment. Les tentatives de développer des signaux avant-coureurs ont échoué ou ne font pas consensus pour le moment entre chercheurs. Il est conseillé d'adopter une attitude de « catastrophisme éclairé » : agir comme si ces changements abrupts étaient certains, et tout faire pour qu'ils ne se réalisent pas.

Cliquer pour agrandir
Parmi les modèles mathématiques, un seul modèle qui a plus de 45 ans est assez robuste, le modèle de Donella et Dennis Meadows. Au MIT le modèle informatique systémique World3 décrit les interactions entre les paramètres du monde, dont les plus importants sont : la population, la production industrielle, la production de services, la nourriture, le niveau de pollution et les ressources non renouvelables. Le but est de simuler le système monde sur la base des données réelles de 1972. Le premier résultat dans un scénario « business as usual » met en évidence un monde extrêmement instable qui prévoit un effondrement au XXIe siècle. La production agricole s'effondre entre 2015 et 2025, puis la population diminue. 

Les chercheurs ont modélisé des scénarios alternatifs menant à des effondrements et se sont aperçus qu'ils pouvaient stabiliser un monde soutenable en modifiant simultanément plusieurs paramètres à partir de 1980. Ces paramètres sont :
- Stabiliser la population mondiale ;
- Stabiliser (limiter) la production industrielle ;
- Diminuer les niveaux de pollution et d'érosion des sols.
Ce scénario d'équilibre devait permettre à moins de 8 milliards d'habitants de vivre à un niveau de vie proche de ce que nous connaissons. Ceci a été publié pour la 3ème fois en 2004. Les mises à jour du modèle en 1992 et 2002 ont confirmé les résultats initiaux et ont montré que rien n'a été fait pour éviter le scénario « business as usual », c'est à dire le pire scénario. Le modèle a résisté à 40 ans de violentes critiques et a corroboré 40 ans de faits.

L'effondrement de la civilisation industrielle est un predicament, mot anglais qui désigne une situation inextricable, irréversible et complexe pour laquelle il n'y a pas de solution. Mais il y a cependant des choses à faire sur le plan local pour créer les conditions résilientes de vie ultérieure. Selon l'ingénieur russo-américain Dmitry Orlov qui a étudié l'effondrement soviétique, on peut décomposer l'effondrement en cinq stades, dans un ordre de gravité croissant, constituant l'échelle d'Orlov : financier, économique, politique, social, culturel et écologique[i]

Plus sérieusement, le modèle d'effondrement systémique basé sur l'étude des dynamiques des systèmes complexes et des réseaux (pages 193-194) décrit notre civilisation comme un système hautement complexe avec (1) dépassement de points de basculement invisibles, (2) des relations de causalité non-linéaires, (3) des boucles de rétroaction amplificatrices nombreuses. Ce modèle prédit des dépassements de seuil inaperçus avec effets ultérieurs non-linéaires et brutaux. Dans des situations d'urgence notre capacité adaptative (résilience des institutions et des hommes) est réduite et nous rend moins aptes à organiser des « relances ».

Dans cet ordre d'idées, le problème majeur est le risque nucléaire. Devant le désintérêt de la génération présente à acquérir ce savoir, devant les jeunes diplômés qui quittent la filière, et devant le départ en retraite de la moitié du personnel travaillant dans les centrales nucléaires, comment va-t-on « gérer » le risque nucléaire dans des situations d'urgence ? Ces importantes pertes de compétences sont déjà de nature à déclencher un effondrement. Il faut toujours garder à l'esprit que l'arrêt définitif d'un réacteur demande un an de refroidissement et au moins une décennie pour son démantèlement avec toute l'électricité et le carburant nécessaire pour ce faire. De plus, qui pourra garantir le maintien en poste de centaines de techniciens et d'ingénieurs chargés de ces opérations ? Outre les causes d'accident déjà relevées à Tchernobyl et Fukushima, le réchauffement climatique ajoute de nouvelles instabilités comme les inondations tempétueuses et le manque d'eau de refroidissement et des effets indirects liés aux migrations comme le terrorisme et les conflits armés.

Dans l'étude de l'être humain face à l'effondrement, on ne peut écarter l'examen de la démographie. Aborder le sujet en public est absolument tabou, car cela amène toujours à la même question : « Vous voulez faire comme en Chine, c'est ça ? ». Le chiffre de 9 milliards en 2050 est une prévision mathématique sortie d'un modèle théorique qui peut s'énoncer : la population devrait arriver à 9 milliards en 2050 toutes choses étant égales par ailleurs.

Pour l'équipe Meadows au MIT, la démographie du système-Terre, marqué par l'instabilité de notre civilisation industrielle, mène à un déclin irréversible et incontrôlé à partir de 2030. L'être humain est partagé entre les imaginaires cornucopien – l'avenir est un progrès continu et illimité grâce à la technologie et à l'inventivité – et malthusien – l'avenir arrive à un moment où des limites ne permettent plus de continuer une croissance démographique continue – ce qui l'amène à alterner ces imaginaires au cours des cycles millénaires de civilisations : naissance, croissance, stagnation, déclin, puis renaissance ou extinction.

Selon Harald Welzer, la sociologie de l'effondrement montre comment une société peut lentement et imperceptiblement repousser les limites du tolérable au point de remettre en cause ses valeurs pacifiques et humanistes et sombrer dans l'inacceptable. C'est le cas des politiques de plus en plus agressives envers les migrants déjà touchés par les catastrophes. Les grandes catastrophes peuvent ainsi induire une colère généralisée des populations envers les gouvernements et les institutions dans les prochaines années. 

Après une catastrophe qui suspend les activités normales et cause des dommages sérieux à une communauté, la plupart des gens montrent des comportements extraordinairement altruistes, calmes et posés. Certains prennent même des risques insensés pour aider les personnes autour d'eux. L'image d'un être humain égoïste et paniqué n'est absolument pas corroboré par les faits. Nous entrons bientôt dans l'ère de l'entraide. Par contre, en cas d'effondrement énergétique les individualistes seront les premiers à mourir. En cas d'effondrement à répétition (p.ex. effondrement boursier puis énergétique) certains seront obsédés par revenir à l'ordre antérieur, d'autres se concentreront sur la pérennité des institutions, et d'autres en profiteront pour changer l'ordre social.

Cette transition vers une autre société nous oblige à travailler notre imaginaire, donc de nous faire des récits pour inverser ces spirales de violence et de pessimisme. Des récits qui rejettent toute dissonance cognitive et tout déni. Soyons les transitionneurs qui inventent leur propre avenir. Car les initiatives de transition libèrent les gens de ces sentiments d'impuissance tellement toxique et répandue dans la population. L'urgence est de reconstruire un tissu social local solide et vivant, doté d'un climat de confiance, c'est-à-dire un véritable « capital social » qui puisse servir en cas de catastrophe.

Pourquoi « les gens n'y croient pas », c'est-à-dire la psychologie de l'effondrement tient à cette tendance des gens, lorsqu'on leur dit la vérité, à devenir pessimistes, résignés ou à juste rejeter le message. Selon Clive Hamilton dans « Requiem pour l'espèce humaine », (et aussi Paul Jorion dans « Le dernier qui s'en va éteint la lumière ») nous ne sommes pas équipés pour percevoir les dangers que représentent les menaces systémiques, ni les menaces à long terme. Nos cerveaux sont trop habitués à effectuer des problèmes immédiats et ont développé des sensibilités aux dangers concrets et visibles. C'est le problème de la grenouille et de l'eau bouillante. 

Dans le cas du déni, les gens ne trouvent pas crédible les données scientifiques ni les constats alarmants des médias, car l'obstacle c'est l'impossibilité de croire que le pire va arriver. Les données étant de plus en plus précises au fil du temps, les négationnistes continuent à changer les raisons de ne pas changer leur comportement.

Parmi les personnes qui semblent convaincues, on distingue cinq catégories de réactions : 

Les çavapétistes (« ça va péter ») montrent un imaginaire de la catastrophe très sombre, nihiliste même, montrant une colère envers la société. Cette attitude est toxique en temps de catastrophe pour l'organisation politique et sociale. 

Très fréquents, les aquoibonistes (« à quoi bon ? ») sont ceux qui disent « foutu pour foutu, profitons de ce qui nous reste ! ». Avec deux tendances, l'épicurien style Rabelais qui savoure les plaisirs de la vie, et « l'enfoiré » qui veux tout consommer ou saccager avant de partir. 

De plus en plus nombreux, les survivalistes ou preppers (« à chacun sa merde ») se barricadent, s'enferment, se bunkérisent, stockent le nécessaire, s'informent sur la purification de l'eau, les plantes sauvages. Leur imaginaire c'est Mad Max et la croyance que l'être humain est profondément mauvais. 

Les transitionneurs (« on est tous dans le même bateau ») souvent non-violents, collectivistes, appellent à une transition à grande échelle, car la vie n'a plus de sens si tout s'effondre. Pratiquant l'ouverture et l'inclusion, ils sont convaincus que l'avenir est dans les éco villages, l'entraide et l'imaginaire de transition. Ils pensent « ensemble on va plus loin ». 

Les collapsologues ont une passion pour le sujet. Étudier, partager, écrire, communiquer, comprendre, devient une activité chronophage pour ces « geeks du collapse » dont les plus célèbres sont nommés « collapsniks » qui sont souvent des ingénieurs et des hommes. Ce clivage homme femme se révèle quand les hommes débattent de chiffres, de faits et de techniques, tandis que les femmes abordent les aspects émotionnels et spirituels.

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Comment vivre avec, et vivre en bonne santé, consiste à voir dans la nécessaire transition psychologique un processus de deuil qui traverse cinq étapes selon le modèle de Élisabeth Kübler-Ross, psychologue américaine spécialiste du deuil : le déni, la colère, la peur (marchandage), la dépression et l'acceptation. On a constaté que les moments de témoignages et de partage d'émotions avec d'autres, permettent aux personnes présentes de prendre conscience qu'elles ne sont pas seules à affronter cet avenir et à ressentir ces émotions, à exprimer leur colère envers les hommes politiques, les dirigeants des multinationales et les climato-négationnistes, tous responsables du retard impossible à rattraper.

On ne peut pas attendre que chacun fasse son deuil avant de commencer à agir. Dans la politique de l'effondrement l'action fait partie de la « transition intérieure » qui permet dès la prise de conscience de sortir de l'état d'impuissance et maintient l'optimisme. Il n'est jamais trop tard pour construire des petits systèmes résilients à l'échelle locale, afin de mieux encaisser les chocs économiques, sociaux et écologiques à venir. 

Parmi les systèmes anticipatifs résilients, on compte les coopératives citoyennes de production d'énergies renouvelables, les groupements alimentaires locaux ou de nouveaux modèles économiques et monétaires locaux et coopératifs. Tout en permettant la coexistence de deux systèmes, l'un mourant l'autre naissant. Cette politique paradoxale à la fois catastrophiste et optimiste, pose le problème qu'il faille accepter publiquement et officiellement la mort du vieux monde, les populations réagissant par des troubles qui précipiteront ce qu'on voulait anticiper.

Les transitionneurs n'attendent pas les gouvernements, ils inventent la façon de vivre l'effondrement de manière non-tragique. Une fois « branchés » sur des petits systèmes autonomes, résilients et low tech, les transitionneurs peuvent alors « se débrancher » de l'ancien système qui risquait de les emporter dans sa chute. C'est passer de l'indépendance à l'interdépendance : une mosaïque de petites démocraties locales est-elle un projet démocratique ?

En fait, il n'y a même pas de solution à chercher à notre situation inextricable (predicament) , il y a juste des chemins à emprunter pour s'adapter à notre nouvelle réalité. L'utopie a changé de camp : l'utopiste est celui qui croit que tout peut continuer comme avant, le réaliste met toute son énergie dans la construction de résilience locale, qu'elle soit territoriale ou humaine.

La collapsologie est l'exercice transdisciplinaire de l'étude de l'effondrement de notre civilisation industrielle, et de ce qui pourrait lui succéder, en s'appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition, et sur des travaux scientifiques reconnus.






Les auteurs pensaient au début 2015 que la fenêtre d'opportunité pour éviter un effondrement global étaient déjà en train de se refermer.
« Pendant sa tournée européenne 2011-2012, Dennis Meadows, plus pessimiste que jamais, répétait dans les interviews et dans un article écrit pour l'institut Momentum :
il est trop tard pour le développement durable, il faut se préparer aux chocs et construire dans l'urgence des petits systèmes résilients » (page 173).

L'effondrement n'est pas la fin mais le début de notre avenir !





[i] L'effondrement soviétique s'est arrêté au stade politique. L'effondrement social se retrouve dans des conflits internes : guerre civile et « chacun pour soi » avec un processus de dépeuplement qui se met en place. L'effondrement culturel se produit lorsque la foi en l'humanité est perdue. Le stade d'effondrement écologique est atteint quand la possibilité de redémarrer une société ne semble plus possible à cause d'un environnement épuisé.